15 mai 2007

CONSEIL NATIONAL DU PARTI SOCIALISTE : HENRI EMMANUELLI

PS_CN_HE_12Mes chers camarades, je crois que nous allons ce matin dire à peu près la même chose parce que nécessité fait loi. Nous sommes au lendemain d’une défaite, mais à la veille d’une bataille, et ce n’est pas effectivement à la veille d’une bataille qu’on entreprend l’inventaire de ses faiblesses ou de ses erreurs, je suis persuadé que Von Klosvitz* n’aurait passé d’accord avec cet état d’esprit-là.

J’ai quand même entendu ce matin des choses agréables aussi, et je me félicite de ce que l’on dise : il faudra tirer les leçons, car je voudrais rappeler quand même, et puis ensuite de passerai à autre chose, qu’en 2002, ceux qui ont souhaité faire l’inventaire de la défaite, ont été minoritaires. Et j’entends bien qu’aujourd’hui on le déplore, qu’on explique qu’il aurait fallu s’y prendre bien avant, mais ayons en mémoire un certain nombre de choses et ne reproduisons pas à l’avenir les erreurs que nous avons commises dans le passé.

Mes chers camarades, nous avons écouté notre candidate, que je remercie pour la campagne qu’elle a menée, qui a fait quelques considérations, et aussi quelques propositions, dont il faudra débattre, sur l’une d’entre elles en particulier, je pense que, dans les partis de gauche, dans les organisations collectivités, la réflexion doit être collective. Nous n’avons pas, comme la droite, le culte du chef qui pense à la place des troupes. Nous avons à gauche une autre tradition qui est celle de l’élaboration collective, et qui est ensuite, effectivement, comme cela vient d’être dit par Harlem, le choix de la personne la mieux à même d’incarner cette vision collective, ou tout simplement la mieux à même d’être en situation de l’emporter, parce que cela compte aussi, n’est-ce pas, être ou ne pas être en situation ?

Mais j’arrêterai parce que, si on commence sur un sujet, on peut être entraîné sur d’autres et, à ce moment-là, nous allons commencer à faire ce qu’il ne faut pas faire, c’est-à-dire l’analyse de la défaite.

Moi, je ne vous demande à ce sujet qu’une chose a priori, c’est que nous évitions les uns et les autres, et ce ne sera pas facile, d’instrumentaliser nos analyses. Car je sens bien que c’est déjà parti, l’instrumentalisation des analyses, et ça ne nous rapportera rien. Écoutons et regardons ce que d’autres aussi vont dire, écrire et penser, prenons le temps de la réflexion.

Deuxièmement, en finir avec les mots creux, les phrases toutes faites. Mes chers camarades, j’entends parler de socialisme du réel. Mais est-ce qu’il y en a un seul dans cette salle, ou une seule, qui est partisan ou partisane du socialisme de l’irréel ? Je n’en connais pas et je me demande si on ne confond pas là réalité et vérité.

Alors que nous cherchions ensemble et que nous nous rapprochions de la vérité, de la vérité de ce que pensent nos concitoyens, de ce que sont leurs craintes et de ce que sont leurs aspirations, ça, oui, c’est notre première priorité, cela devra être notre travail de fond.

De même, j’entends modernisation. Moi, je demande qui est contre. Personne à ma connaissance, la modernisation. Mais tout ça, mes chers amis, tout comme d’ailleurs antilibéral, réformiste, social-démocrate, ce sont des mots ! Et ce qui compte, ce sont les réalités qui sont derrière ces mots, c’est l’analyse des contenus, c’est le référencement politique car, comme le disait tout à l’heure Benoît, je retiens de cette campagne au moins une chose, c’est que celui qui a gagné cette campagne a mené une bataille idéologique et politique cohérente, claire et lisible. Et que celles et ceux qui nous sommes depuis des années de renoncer à la politique, à l’idéologie, en réalité, en réalité nous poussaient vers l’erreur, pas vers le succès. Et je retiens aussi que, pour gagner cette bataille, il s’est appuyé sur un parti puissant, sur un parti qui rassemblait pour l’essentiel toute la droite. Il y avait déjà eu, au sein de l’UMP, une fusion entre ce qui était l’UDF d’avant Bayrou et le RPR. Et c’est cette formation puissante, et le fait que son président soit le candidat, qui a donné aussi force et cohérence à la bataille, au candidat. Donc, tout cela, nous devons l’avoir présent à l’esprit.

Pour l’instant, nous sommes donc à la veille d’une bataille. Dire que nous allons gagner, nous sommes obligés de le dire. La crédibilité de cette victoire, nous le savons aujourd’hui, parmi nos concitoyens, elle est faible. Elle n’est pas impossible, mais elle est faible. Alors que leur dire ? Ce que disait ce matin notre premier secrétaire, qu’il leur faut dans ce pays des parlementaires de gauche aussi nombreux que possible pour essayer de limiter la casse parce que les victimes de cette victoire de M. Sarkozy ne sont pas dans cette salle comme l’a dit François Hollande ce matin. Les victimes, les futures victimes de cette victoire de M. Sarkozy, ce sont les millions de Françaises et de Français qui vont voir reculer leurs droits, reculer leur système de protection, qui vont voir durcir leurs conditions de travail, qui vont voir s’obscurcir leur horizon, qui vont voir exploser les inégalités sociales. C’est à elles et c’est à eux que nous devons penser en priorité. Alors, à la veille de cette bataille, qui se situe dans un contexte un peu d’émotion, sachons faire taire les ambitions, sachons faire preuve de modestie, sachons faire preuve de dynamisme car ce parti, tel qu’il est, va être l’outil pour limiter la casse, pour essayer de faire en sorte que la brèche soit la moins large possible ; ce parti qu’il faudra revoir, reconstruire, Benoît s’est exprimé là-dessus tout à l’heure, reconstruire, mais pas simplement sur une question de frontière, aussi de référencement.

Nous avons, mes chers camarades, une façon de considérer que les précédents historiques sont connus de tous nos concitoyens qui est désastreuse, c’est avec des exemples nouveaux, des matériaux nouveaux, qu’il faut faire la démonstration de la société que nous voulons construire, et non pas simplement en renvoyant, comme nous le faisons souvent, à une histoire qui malheureusement est très méconnue. Alors, il va falloir faire tout ce travail, et sur notre gauche, et sur notre droite.

Et, de point de vue -là, parce qu’on avait déformé certains des propos que j’avais tenus en disant qu’il fallait un grand parti progressiste en disant…, une fois de plus, la caricature : il faut aller chercher les gauchistes, les antilibéraux, mais ailleurs non, sur notre droite et sur notre gauche. Moi, je ne suis pas docteur en progressisme, je ne suis pas docteur en socialisme, et aucune et aucun d’entre nous ne l’est. Ce que nous devons faire, c’est en appeler à toutes les femmes et à tous les hommes, et c’est à elles et à eux de savoir s’ils veulent appartenir, non pas peut-être à cette terminologie du passé de gauche et de droite puisqu’on nous l’explique, mais à cette réalité incontournable qu’est le progressisme ou le conservatisme. C’est à chacune et à chacun de savoir dans quel camp il veut être et quelle est la pierre qu’il veut apporter à l’édification de ce camp. Nous ne sommes, ni gardes-barrière, ni garde-frontières, ni docteurs de la loi. Mettons-nous au travail, allons d’abord à la bataille avec détermination. Mettons-nous au travail ensuite, si possible avec sérénité, ce sera difficile, mais ce n’est pas impossible, et vous verrez que peut-être l’échéance qui s’annonce devant nous, si longue, qu’évoquait tout à l’heure Dominique en disant : « Non, pitié, cinq ans, c’est déjà beaucoup. », pourrait se rapprocher. J’ai le souvenir, mes chers camarades, qu’à un autre moment difficile de notre histoire, je pense à 1993, je pense aussi à 1995, quelqu’un est venu rue de Solferino, qui a fait un discours improvisé. Il sortait de l’Élysée, il le quittait. Et je me souviens de ce discours. Il nous a dit : « Personne ici aujourd’hui ne le croira, mais vous serez vous-mêmes étonnés de la vitesse à laquelle vous reprendrez les rennes du pouvoir. » C’était en 1995, deux ans après cela s’est produit. Je ne pense pas que ce genre de conjoncture puisse se renouveler dans les mêmes termes, mais j’en retiens l’idée que, même lorsqu’on a le sentiment d’être au fond du trou, il ne faut jamais oublier qu’on a la capacité et la possibilité de renouer avec l’espoir de la victoire.

Intervention de Henri Emmanuelli, Conseil national du 12 mai 2007

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