31 décembre 2007
SARKOZY FAIT ENTRER DIEU AU GOUVERNEMENT, PAR ANDRE GRJEBINE
Nicolas Sarkozy entend mettre Dieu à contribution pour s’attaquer à ce que Freud caractérisait comme le malaise d’une civilisation sans transcendance. Il compte sur la religion pour proposer des valeurs et une espérance à une nation désemparée. Il s’attaque ainsi au paradoxe de Dostoïevski : "Il n’y a rien de plus tentant pour l’homme que la liberté de sa conscience, mais rien de plus douloureux." Reste à savoir si ce paradoxe peut être surmonté sans renoncer à la société ouverte, à une société sans dogmes imposés par l’Etat, la religion ou le conformisme ambiant.
A cette préoccupation générale se superpose, semble-t-il, un dispositif plus spécifique commandé par la conception présidentielle des relations de la République avec l’islam. Dans un premier temps, comme il l’a esquissé dans l’ouvrage qu’il a consacré en 2004 aux questions religieuses, Sarkozy attend des dignitaires musulmans qu’ils proposent des valeurs "à tous ces jeunes qui ne croient plus en grand-chose", mais également qu’ils exercent un contrôle que l’Etat ne parvient plus à exercer dans les banlieues.
Le discours prononcé au Latran, à Rome, le 20 décembre annonce la deuxième phase du dispositif : revigorer notre héritage chrétien pour faire face à la montée en puissance de l’islamisme, forme conquérante de l’islam.
A première vue, le bien-fondé d’un tel pari paraît confirmé par l’exemple des Eglises évangélistes, qui sont parvenues à contrecarrer la progression de l’islam aux Etats-Unis, en Amérique latine ou dans certains pays africains.
En réitérant son plaidoyer pour la croyance, Nicolas Sarkozy, qu’il le veuille ou non, ébranle le principe de laïcité qui est au cœur de la République. Ce principe ne consiste pas à maintenir une balance égale entre toutes les religions, mais à interdire à l’Etat toute prise de position en matière religieuse, si ce n’est pour établir les règles du jeu et veiller à leur respect.
Il est vrai que dans d’autres démocraties, notamment aux Etats-Unis, les références religieuses sont fréquentes en politique. Mais, à l’heure où les fondamentalismes religieux ne cessent de progresser dans le monde et où l’obscurantisme gagne du terrain, un recul de l’Etat qui symbolise la laïcité moderne ne peut qu’être interprété comme un désaveu de tous ceux qui dans le monde se réfèrent à la France dans leur lutte contre l’emprise du religieux.
Comment ne pas être perplexe quand on entend notre président vanter la "contribution spirituelle et morale" de la France en se référant à des symboles de superstition et d’obscurantisme comme Bernadette de Lourdes ou Thérèse de Lisieux ? Selon Sarkozy, la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.
Faut-il lui rappeler le long passé de violence des religions, une histoire qui est loin d’être achevée comme l’attestent les atteintes aux droits de l’homme et le terrorisme perpétrés par des islamistes ? Et que penser de cette étrange affirmation selon laquelle "l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie" ? Tout d’abord, il est probable que ceux qui ont une vocation religieuse n’ont pas le sentiment de "sacrifier" leur vie. En outre, ceux qui sont disposés à sacrifier leur vie ne sont-ils pas également ceux qui lui attachent peu de valeur, et sont de ce fait parfois plus enclins que d’autres à sacrifier la vie d’autrui ? A ce compte, faut-il admirer les terroristes qui poussent à l’extrême le sens du sacrifice ? Il serait vain de prétendre comparer le bonheur de l’homme en quête de certitudes et celui de l’homme qui cherche lui-même ses valeurs et ses raisons de vivre.
Mais est-il possible d’ignorer les résultats de la quête fiévreuse de certitudes qui s’empare parfois de certains hommes, de sociétés entières ? Combien d’entre eux seraient prêts à toutes les violences pour défendre la fiction qui les fait vivre ? Certes, au XXe siècle, des idéologies comme le communisme ou le nazisme ont surpassé en horreur tout ce que l’humanité avait connu jusqu’alors. Mais n’y a-t-il pas une autre voie ? L’homme qui accepte sa finitude tend à reconnaître une valeur unique à la vie humaine. Il découvre qu’il n’a pas d’autre devenir que celui de l’humanité. Il trouve alors son identité, non à travers une vie éternelle dont il ne saura jamais si elle lui est vraiment promise, mais à travers la pérennité de l’aventure humaine et la transmission entre les générations qui l’ont précédé et celles qui le suivront.
Ce rappel de notre héritage judéo-chrétien est de ce point de vue le bienvenu, à la fois comme un moment de notre trajectoire et comme un rappel des perversions que les religions engendrent parfois. N’incombe-t-il pas au président d’une République laïque d’expliciter l’horizon de la société ouverte plutôt que d’orchestrer un repli sur des communautarismes religieux ?
Nicolas Sarkozy espère préserver la civilisation européenne en renforçant les institutions et la foi chrétiennes. En réalité, l’alliance de facto des religions fait que toute mesure renforçant l’une tend à profiter à l’ensemble d’entre elles, et singulièrement à celle qui apparaît aujourd’hui comme la plus virulente.
Le cardinal patriarche de Venise, Angelo Scola, désigne clairement la menace, même s’il paraît s’en féliciter : "Il est acquis que la marginalisation de la religion dans la sphère sociale n’est pas acceptable pour les cultures non européennes… Le métissage de civilisations et de cultures rend obsolète la solution moderne du religieux et du politique." Alors que la société ouverte est menacée de toute part, serait-il concevable que le coup de poignard dans son dos vienne du pays qui en a été l’initiateur ?
Source : Libération en date du Lundi 31 décembre 2007. André Grjebine est Directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po et devrait publier en mars prochain La Guerre du doute et de la certitude. La démocratie face aux fanatismes aux éditions Berg international.
L'HISTOIRE REVUE ET CORRIGEE, PAR BERNARD GIRARD "Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes à espérer." Dialectique typiquement sarkozienne qui peut être facilement renversée : un homme qui n’a pas la foi n’est pas forcément un désespéré, et la République n’a pas nécessairement besoin d’hommes de foi pour exister. Mais on peut se demander si cette controverse, finalement assez vaine, ne vient pas à point nommé pour dissimuler ce qui ressemble avant tout à un nouvel essai d’interprétation de l’histoire, de déformation du passé, de la part d’un président qui, notamment avec l’inénarrable discours de Dakar ou l’épisode Guy Môquet au lycée, semble s’en faire une spécialité. "Les faits sont là", affirme-t-il sans hésitation après avoir évoqué le baptême de Clovis grâce auquel la France serait devenue "la fille aînée de l’Eglise". On n’aura pas la prétention de lui faire la leçon en précisant que la France n’existait pas au Ve siècle, Clovis se contentant modestement du titre de "roi des Francs", mais il est quand même permis de s’interroger sur ces fameuses "racines chrétiennes" de la France dans le discours de Latran, dont la proclamation sans nuances est incompatible avec la réalité historique. L’Eglise, à travers ses deux millénaires, n’a jamais été un bloc monolithique avec des croyances immuables et incontestées : l’Eglise de Vatican II n’est pas celle du Syllabus (1864), dressée contre le monde moderne, ou celle de la Contre-Réforme, arme de guerre contre le protestantisme. Et puisque Sarkozy se plaît tant à évoquer Bernard de Clairvaux, pourquoi ignore-t-il Abélard, pas moins croyant que le premier ? Il y a quelque chose de scabreux dans l’exaltation par un chef d’Etat du passé religieux d’un pays, alors que les plus hautes autorités religieuses ont elles-mêmes reconnu les fautes passées de l’Eglise. L’Eglise s’est certes édifiée sur un certain nombre de valeurs, mais aussi contre les autres et avec la plus grande violence. Lorsque Sarkozy prétend que "la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature", il omet de signaler que les plus belles œuvres de l’Eglise sont contemporaines de ses pires turpitudes. Le siècle de Vézelay est aussi celui des croisades, on brûlait les hérétiques alors que se construisaient les cathédrales gothiques, et les superbes motets et les Te Deum chantés à la chapelle royale ne font pas oublier les galères et les dragonnades de Louis XIV. Ce que l’historien Jacques Le Goff, qu’on aurait du mal à suspecter d’anticléricalisme, définit comme un "véritable racisme religieux". Finalement, on retrouve dans les silences et les oublis du discours présidentiel quelque chose qui ressemble au refus de "repentance", c’est-à-dire tout simplement de voir le passé pour ce qu’il est. Les "racines chrétiennes" de la France ne sont finalement qu’un nouvel avatar de la réécriture de l’histoire à laquelle Sarkozy s’est attelé. "Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale", dit-il encore dans son discours de Latran. Afin de ne pas déstabiliser une identité nationale elle-même bien hypothétique, on travestit alors l’histoire de la chrétienté, qui ne fut jamais un long fleuve tranquille, en un récit édifiant mais fictif, imaginaire. En 967, le tout jeune Gerbert d’Aurillac franchissait les Pyrénées pour se rendre en Catalogne ; là, pendant trois ans, il se familiarisait avec la science et la culture arabes pour les intégrer à sa propre culture. Quelques années plus tard, Gerbert devient pape sous le nom de Sylvestre II, le pape de l’an mille. Cet épisode historique aura sans doute échappé à Sarkozy. Source : Libération en date du lundi 31 décembre 2007. Bernard Girard est professeur d’histoire-géographie.
21 décembre 2007
"SARKOZYSER" OU PAS LA REPUBLIQUE, PAR PATRICE JARREAU
Au vu de la manière dont Nicolas Sarkozy exerce, depuis sept mois, la fonction de président de la République, on ne comprend pas pourquoi il veut réformer la Constitution. S'il s'agit d'étendre les pouvoirs du président, ce n'est pas la peine, c'est déjà fait. Quant à les restreindre, au contraire, personne ne croira qu'il puisse y songer sérieusement. Ne vaudrait-il pas mieux éviter de perdre du temps en vaines palabres sur un projet qui ne présente vraiment d'intérêt pour aucune des "parties", selon le mot choisi par François Fillon pour désigner, dans Le Monde du 20 décembre, le président et le Parlement, la majorité et l'opposition, la droite, le centre et la gauche ?
Si l'Elysée persévère dans sa volonté d'engager la procédure de révision de la Constitution, c'est d'abord parce qu'il y va d'un engagement présidentiel. L'adaptation du régime aux évolutions politiques et sociales figurait dans le programme du candidat de l'UMP. Deux mois après son entrée à l'Elysée, il a nommé un "comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République", associant des personnalités de tous bords et présidé par Edouard Balladur. Celui-ci lui a remis, fin octobre, un rapport comportant 77 propositions de réforme, les unes touchant à la Constitution, les autres concernant des sujets qui relèvent de la loi. Le chef de l'Etat a fait son choix parmi ces propositions et adressé au premier ministre, le 12 novembre, une lettre lui demandant d'ouvrir une concertation avec les partis politiques.
Renoncer à cette entreprise, faute de pouvoir réunir les trois cinquièmes des suffrages exprimés par les députés et les sénateurs réunis en Congrès, serait un grave revers pour Nicolas Sarkozy. C'est une première raison, pour lui, de vouloir aboutir, fût-ce en limitant la réforme à peu de chose. Une deuxième raison est l'"ouverture". Le président cherche toujours à désarmer les oppositions : isoler davantage encore François Bayrou en arrimant les centristes à la droite, obliger les socialistes à devoir choisir entre l'immobilisme contre lui ou la réforme avec lui.
C'est pourquoi la partie engagée autour des institutions, pour complexe et aride qu'en soit la matière, n'en est pas moins politiquement importante. Evidemment, alors que la conjoncture économique est inquiétante et que l'on débat aujourd'hui de la durée du travail et de sa rémunération, demain des retraites, la question de savoir si le président de la République doit pouvoir s'adresser en personne aux députés, aux sénateurs ou à l'ensemble des parlementaires ne s'impose pas à l'esprit comme une urgence. Mais c'est sur elle que se concentre le conflit entre l'Elysée et le PS.
Si l'interdiction faite au président de pénétrer dans l'enceinte du Parlement renvoie à des épisodes antiques de l'histoire des rapports entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif après la Révolution de 1789, l'abolition éventuelle de cette règle n'est pas une simple adaptation ni un dépoussiérage. Permettre au président d'accéder aux tribunes des Assemblées a pris le sens d'une validation de la pratique de la fonction présidentielle par son détenteur actuel. Pour le chef de l'Etat et ceux qui l'approuvent, cette réforme valoriserait le Parlement, devant lequel le vrai "patron" aurait à rendre compte de son action, plutôt que de ne le faire qu'à la télévision et de se cacher, face aux élus de la nation, derrière le premier ministre.
Mais, pour les socialistes, l'entrée du président dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale consacrerait l'effacement du premier ministre et l'hypertrophie de la puissance présidentielle, qui caractérisent le quinquennat inauguré en mai. L'enjeu de la réforme n'est plus la modernisation des institutions. C'est la présidence de Nicolas Sarkozy.
Source : Le Monde en date du Samedi 22 décembre 2007. Chronique de Patrice Jarreau.
RETENTION INFINIE
Refusons l’instauration d’un enfermement sans fin sur une simple présomption de dangerosité ! Le Parlement s’apprête à examiner un projet de loi visant à instaurer une "rétention de sûreté" qui permettra, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger - sans limitation de durée, sans peine et sans infraction - l’enfermement des personnes considérées comme d’une "particulière dangerosité". La mise en place d’un tel dispositif, préparé à la hâte à la suite de l’affaire Evrard, relève d’une philosophie de l’enfermement qui s’inscrit dans la culture du "risque zéro" et qui, sous prétexte de lutter contre la récidive, impose, depuis plusieurs années, des législations de plus en plus répressives et attentatoires aux libertés. Il ne s’agit plus simplement de durcir les sanctions ou de renforcer les moyens de contrainte, mais de procéder à des enfermements préventifs, sur la base d’une présomption d’infraction future.
Actuellement circonscrit aux infractions les plus graves commises sur les mineurs, ce texte, comme la plupart des dispositifs répressifs, est susceptible d’extensions au gré des faits divers du moment. L’appréciation de la dangerosité n’est par ailleurs fondée sur aucune évaluation sérieuse mais sur une simple expertise psychiatrique, ce qui procède d’une grave confusion entre délinquance et maladie mentale. L’évaluation de la dangerosité ne relève donc pas du diagnostic mais du pronostic.
En refusant de porter les efforts humains et financiers sur le temps de la peine, ce texte fait le choix de ne pas améliorer la prise en charge durant l’incarcération. Si ce texte est adopté, la France se dotera d’un dispositif sans équivalent dans les démocraties occidentales car, contrairement à ce que le gouvernement veut laisser croire, rien de comparable n’existe en Europe (aux Pays-Bas et en Belgique, ce type d’enfermement n’intervient qu’en substitution à la peine). Aujourd’hui, avec une mesure comparable et au prétexte d’une dangerosité sociale, la Russie enferme des journalistes dans des établissements psychiatriques. Nous ne pouvons accepter un modèle de société qui sacrifie nos libertés au profit d’un objectif illusoire de "risque zéro". Nous appelons les parlementaires à refuser de voter ce texte indigne.
contrelaretentiondesurete@genepi.fr
Source : Libération en date du vendredi 21 décembre 2007. Appel lancé à l’initiative du Genepi, du Snepap-FSU et du Syndicat de la magistrature, avec l’OIP et la LDH.
20 décembre 2007
POUVOIR D'ACHAT EN BERNE EN 2008
Ce n'est pas bon, sans être catastrophique. Telle est la tonalité de la note de conjoncture présentée, mercredi 19 décembre, par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui prévoit pour la France une croissance de 1,9 % en 2007 et un début d'année 2008 pas mauvais (+ 0,5 point au premier trimestre, + 0,4 au deuxième).
Dans un environnement assombri par la crise financière et par le ralentissement en cours aux Etats-Unis et dans la zone euro, le "choc de croissance" attendu par Nicolas Sarkozy n'a pas eu lieu, mais la France ne s'en est pas trop mal sortie en 2007.
Depuis deux à trois trimestres, en effet, l'écart de croissance avec l'Allemagne et avec les partenaires européens de la France a disparu. Les 1,9 % de croissance en 2007 sont inférieurs, mais de peu, au bas de la fourchette (2 à 2,5 %) retenue par le ministre de l'économie, Christine Lagarde. A la fin juin 2008, l'acquis de croissance pour l'année serait de 1,7 %. Pour tenir les prévisions sur lesquelles a été construit le budget 2008 (2-2,5 %), il faudrait une progression respective du PIB de 0,4 ou de 0,7 point à chacun des deux derniers trimestres. Ce n'est pas impossible si la crise financière ne s'éternise pas.
Exportations pénalisées
La consommation des ménages restera le principal moteur de la croissance. Tel que le mesure l'Insee, le pouvoir d'achat des ménages devrait connaître en 2007 une nette accélération : + 3,3 %, après +2,4 % en 2006. Cette forte hausse s'expliquerait par la progression de plus de 4 % des salaires, du fait d'une nette amélioration de l'emploi (348 000 emplois créés en 2007), mais aussi par la hausse de la prime pour l'emploi (PPE) et par les baisses d'impôt et de cotisations. En 2008, malgré les 10 milliards consacrés à la loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA) et le déblocage anticipé de la participation, le pouvoir d'achat ralentirait au premier semestre à 1,2 % en rythme annuel. Le regain d'inflation, avec un pic de 2,8 % en février, y serait pour beaucoup. Les ménages puiseraient dans leur épargne, quand ils en ont, pour continuer à consommer.
La production et l'investissement des entreprises seraient moins dynamiques en 2008. Après un rebond au troisième trimestre, la production ralentirait peu à peu partout, sauf dans la construction. L'Insee évalue à 0,1 point de croissance en moins l'impact des dix jours de grève de novembre dans les transports publics. Dynamique au quatrième trimestre, l'investissement productif serait moins tonique en 2008, en raison du fléchissement de la demande et du renchérissement attendu du crédit. "Le cycle d'investissement commencé en 2003 semble avoir désormais dépassé son point haut", note d'ailleurs l'Insee pour la zone euro.
La contribution du commerce extérieur resterait négative. Le niveau de la devise européenne par rapport au dollar et à la livre sterling pèse sur les échanges extérieurs, en particulier sur les exportations manufacturières. Elles pourraient être amputées de près d'un point au quatrième trimestre et d'autant au premier semestre 2008. Quant aux importations, même freinées par une demande moins dynamique, elles progresseraient plus rapidement que les exportations. Le commerce extérieur tirerait toujours la croissance vers le bas (- 0,3 point en 2007 et en 2008), même si les pertes de marché des exportateurs français paraissent s'atténuer.
L'environnement international, toutefois, est lourd de menaces. Si les turbulences financières, comme semblent le redouter les banques centrales, se transformaient en crise systémique, et si le ralentissement de l'activité aux Etats-Unis s'aggravait, la croissance française serait plus faible que prévu. La France ne pourrait pas alors tenir sa prévision, ambitieuse, de déficit public (2,3 % du PIB en 2008) et se trouverait dans une position délicate au moment d'assumer, le 1er juillet 2008, la présidence de l'Union européenne.
Source : Le Monde en date du vendredi 21 novembre 2007. Article de Claire Guélaud.
Coût de la vie : l'écart entre le mesuré et le ressenti
Les conjoncturistes de l'Insee prévoient, pour 2007, une nette accélération du pouvoir d'achat des ménages (+ 3,3 % en 2007), qui devrait relancer la polémique sur l'écart croissant entre les prévisions officielles et le "ressenti" des personnes.
Cet écart, sensible depuis le passage à l'euro, est, pour partie au moins, explicable. Pour calculer le pouvoir d'achat, l'Insee rapporte l'évolution de l'ensemble des revenus des ménages, nets d'impôts et de cotisations, aux prix de leurs dépenses de consommation. Cet indicateur n'est pas un indicateur du coût de la vie et ne donne aucune idée de la croissance des dépenses dites "contraintes" ou "préengagées" (logement, assurance, etc.) qui représentent jusqu'à 75 % du budget des plus modestes. Autre biais statistique, les dépenses de logement, considérées en comptabilité publique comme de l'investissement, sont pour partie sous-estimées.
La flambée des prix de l'énergie et des produits agricoles et le pic d'inflation de novembre, bien réels, devraient enfin peser lourd dans le ressenti des ménages. Quant au pouvoir d'achat individuel, il progresse par définition moins vite que celui des ménages, en raison de l'augmentation du nombre des foyers et de la croissance de la population.
LE PASSE-DROIT DU DIRECTEUR DE CABINET DU MINISTRE DU LOGEMENT
Dans son édition datée d’hier, le Canard enchaîné révélait que Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de la ministre du Logement, Christine Boutin, est logé depuis 1981, au tarif HLM dans un immeuble cossu appartenant à une société d’économie mixte municipale (SEM). Il acquitte un loyer de 1 197 euros (contre au moins 3 500 euros au prix du marché) pour un appartement de 190 m2, situé boulevard de Port-Royal, à deux pas des jardins de l’Observatoire et du parc du Luxembourg. Libération s’est procuré une lettre datée du 3 juillet 1989, témoignant d’utilisation de passe-droits par Jean-Paul Bolufer pour se maintenir dans cet appartement.
Tranquillité
A l’époque, l’intéressé occupe un poste de chargé de mission au cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Oui, mais voilà, à compter du 1er septembre 1989, il va "quitter ce logement pour prendre à Toulouse le poste de directeur général des services du conseil régional Midi-Pyrénées", explique-t-il dans sa missive adressée au président de la Sagi - la SEM propriétaire à l’époque de l’immeuble où il loge. Compte tenu de cette situation, Jean-Paul Bolufer dicte ses solutions à son bailleur, spécifiant que tout ce qu’il propose a été "approuvé par Monsieur Chirac". Sous-entendu, il convient de donner une suite favorable. La lettre est à l’en-tête de la "Ville de Paris", du "Chargé de Mission auprès du Maire". On y apprend que son dossier est manifestement suivi par la "responsable du service du logement au cabinet du maire".
Voici la solution échafaudée par l’intéressé pour le devenir de son appartement : "Une famille amie […], dont le mari est officier à Provins, y prendra ma place, avec ses cinq enfants […] en s’engageant à le libérer à partir du mois de mars 1992, date de mon éventuel retour à Paris, l’appartement restant à mon nom, durant cette période […] le montant des loyers étant acquittés" par cette famille de sous-locataires. En conclusion, Jean-Paul Bolufer précise que cette solution "est pour [sa] propre famille un facteur de tranquillité". On ne saurait mieux dire. Et, histoire d’éviter tout refus éventuel, il spécifie une fois encore s’il en était besoin qu’il a "sollicité le contenu" de sa solution «auprès du maire de Paris». Hier soir, Libération a tenté de contacter le directeur de cabinet de Christine Boutin. Réponse par le biais du service de presse du ministère : "Pas de commentaire." Mais, dans un communiqué relatif aux révélations du Canard enchaîné, publié quelques heures plus tôt, Jean-Paul Bolufer tenait à "faire savoir [qu’il] est titulaire du bail de [son] actuel appartement depuis 1981 sans avoir bénéficié à aucun moment d’un privilège personnel".
Et si d’aventure "des erreurs avaient été commises", Jean-Paul Bolufer considère qu’"elles ne peuvent être imputées qu’à une mauvaise gestion du bailleur".
Qui est le propriétaire de cet immeuble ? Au départ c’était la Sagi, une société d’économie mixte dans laquelle la ville de Paris détenait 40 % du capital. Elle gérait 34 000 logements dont de nombreux HLM. Quand Bertrand Delanoë a été élu maire, la ville a tenté de prendre la majorité du capital de la Sagi, en raison notamment de doutes pesant sur les attributions de logements. Mais elle s’est heurtée à une opposition farouche des autres actionnaires. Finalement, les immeubles de la Sagi ont été repris en 2006 par la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), société contrôlée par la municipalité et présidée par Pierre Castagnou, maire PS du XIVe.
Congé.
Depuis, des vérifications ont été entreprises. Ainsi a été découverte la situation de Jean-Paul Bolufer. Mais il n’est pas le seul. Dans son immeuble (qui ne relève pas de la législation HLM) logent aussi, à des loyers très intéressants, un préfet et une ancienne adjointe de Jacques Chirac à la mairie de Paris. La RIVP a envoyé le 14 décembre une lettre demandant à Jean-Paul Bolufer de "donner sans délai son congé". Interrogée hier à l’Assemblée, à propos de son directeur de cabinet, Christine Boutin a répondu : "Vous me permettrez de régler le problème entre lui et moi."
Source : Libération en date du Jeudi 20 décembre 2007. Article de Tonino Serafini. Le Directeur de Cabinet a finalement donné sa démission jeudi matin tout en se présentant comme une victime d'une "chasse aux sorcières".
APPEL DU COMITE NATIONAL POUR UN REFERENDUM
Un nouveau traité - dit traité de Lisbonne - vient d’être approuvé par les dirigeants européens suite au rejet du projet de traité constitutionnel refusé majoritairement par les Français et les Néerlandais lors des référendums de mai et juin 2005.
C’est donc à nouveau le suffrage universel qui doit trancher par référendum.
Sur un sujet qui a tant d’influence sur la vie de chacun et l’avenir de la France, l’organisation d’un nouveau référendum est une exigence démocratique majeure pour notre pays. C’est aussi une nécessité pour la construction européenne qui doit être fondée sur l’adhésion des peuples et la souveraineté populaire.
Seule une mobilisation sans précédent des citoyens peut obliger le président de la République à organiser un référendum. Il y sera contraint s’il n’obtient pas, début 2008, 3/5 des suffrages exprimés des parlementaires pour la modification préalable de la Constitution française, nécessaire à la ratification du nouveau traité européen. Ainsi les députés et les sénateurs ont le pouvoir d’imposer le référendum, en votant contre cette révision de notre Constitution.
C’est pourquoi des personnalités diverses, les signataires de différents appels déjà lancés sur ce sujet, ont décidé de rassembler leurs efforts au sein d’un Comité National pour un Référendum.
Nous appelons en urgence toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la démocratie et à une Europe fondée sur l’adhésion des peuples, qu’ils soient pour ou contre ce nouveau traité, à nous rejoindre pour empêcher un déni de démocratie et exiger la tenue d’un référendum.
http://www.nousvoulonsunreferendum.eu
19 décembre 2007
TOUT A COMMENCE PAR LE METRO, PAR ERIK ORSENNA
Tout a commencé pour moi par le métro. J’habitais, tout petit, 185 rue de Vaugirard au coin du boulevard Pasteur, et je voyais sortir de terre, tout enfant, le métro qui allait devenir aérien. Je me suis dit mais qu’est ce qui se passe ? Il y a donc une ville sous la ville, il y a une ville à hauteur du sol et puis il y a une ville dans le ciel. Qu’est ce que c’est donc que cet énorme corps qu’est une ville ? Plus tard, j’ai pris ce métro, et à partir de Lecourbe jusqu’à Bir Hakeim je pouvais regarder, à droite et à gauche, la vie des gens avec une indiscrétion croissante à mesure que la curiosité de l’adolescence venait. C’est à ce moment là que j’ai appris des tas de petites scènes de la vie de mes contemporains les unes avouables, les autres moins avouables, j’ai fait ainsi mon éducation notamment sexuelle, et c’est grâce à ça je pense que passionné par la vie des autres j’ai voulu devenir romancier. Merci le métro, merci Paris.
Evidemment, je me suis promené partout. Comme il m’arrive de prendre les taxis, je discute, je négocie les itinéraires, on m’a dit "vous devriez avoir une plaque", je ne sais pas ce qu’on va faire avec le montant des plaques, Cher Bertrand, mais, enfin, c’est un autre problème que nous avons failli aborder à la commission Attali je n’en parlerai pas ce soir. Il se trouve que, pour essayer de vendre ma salade littéraire, je circule de libraire en libraire et de ville en ville. Donc je compare les villes et je vois qu’il y a des villes qui vont moyennement bien, il y a des villes qui vont mieux et il y a des villes qui vont pas du tout et puis je vois qu’il y a des villes qui stagnent et puis je vois qu’il y a des villes qui bougent. Et depuis 2001, j’ai vu à quel point Paris avait bougé. Je ne vais pas faire en peu de phrases le résumé de tout ce qui a été fait, mais ce qui me frappe le plus, c’est que Paris a tissé, Paris a grandi, s’est grandi, Paris a accueilli, Paris a créé et s’est créé.
Alors, ce qui me frappe dans une ville, c’est évidemment cet apprentissage permanent toujours remis en cause et toujours renouvelé de la diversité. "La diversité est le grand péril terrestre contre lequel nous devons lutter de toutes nos forces" c’est une citation de Victor Segalen et j’aimais tellement cette citation, "la diversité est un grand péril", que dans tous les discours subalternes, que pendant longtemps j’ai écrit pour François Mitterrand, que quelque soit le sujet je mettais cette citation. Mon patron de l’époque Christian Sauter me disait : "est ce bien le rapport ?". Je lui disais : "oui, par définition, la diversité est en rapport avec tout". Donc Bertrand m’a aidé, jour après jour, dans cette compréhension de la diversité alors que quelques années auparavant Christian m’avait humilié en condamnant ma passion pour la diversité. Je ne t’en veux pas, cher Christian, comme en plus tu m’as appris un peu d’économie, merci Christian. Qu’est ce qu’une ville ? C’est comme je viens de le dire, l’apprentissage de la diversité. Il se trouve que j’ai eu une mission passionnante il y a quelque temps pour Jacques Delors de réfléchir à ce que c’était que l’Europe ? Quel était au fond l’originalité de l’Europe dans le monde? Et bien, au fond, tous les autres critères ayant été abandonnés, c’était justement cette mise en oeuvre permanente, cette tentative de mettre en oeuvre de façon permanente cette diversité, et refuser la dualité, refuser qu’il y ait des ghettos, refuser qu’il y ait des sociétés qui se développent sans se parler et en s’écartant comme des plaques tectoniques le plus loin les unes des autres, c’était ça, sans arrêt essayer de tisser les liens. On l’a vu, par exemple, dans les fonds régionaux qui ont permis à des bouts de l’Europe qui étaient complètement abandonnés, comme l’Espagne, comme l’Irlande, comme la Grèce, de revenir dans notre concert commun. Et bien, c’est ça la ville : s’occuper de tous les quartiers sans oublier l’ensemble, s’occuper de tous les secteurs sans oublier l’ensemble, s’occuper des âges, de tous les âges sans oublier l’ensemble, s’occuper de toutes les catégories sociales sans en oublier aucune, mais toujours sans oublier l’ensemble, le détail et le tout, et puis évidemment l’international.
Alors, j’ai voyagé un certain nombre de fois avec Bertrand et notamment une première fois à Casablanca, où il y avait la réunion des maires des grandes villes francophones. Et là, j’ai été fier. J’ai été fier parce que j’ai vu tous ces maires de grandes villes très divers du monde entier, et ils se disaient tous "ça serait bien que Bertrand soit notre maire aussi". Mais Bertrand, il peut pas être le maire de tout le monde, on l’a, on le garde. Et alors, ce qui me frappe, c’est que pour être maire d’une grande ville, comme on est au fond celui qui met en oeuvre jour après jour cette diversité, il faut des qualités extraordinairement contradictoires, il faut un alliage extrêmement rare. Alors, vous avez vu la montée du cours des matières premières, alors je peux vous dire que le cours de l’alliage Delanoë grandi grandi grandi, et n’a pas fini de s’arrêter.
Alors, cher Bertrand, tu m’as fait l’honneur de me proposer de te rejoindre sur une liste. J’ai longtemps hésité. J’ai réfléchi. Pourquoi ai je dis oui? Parce que je voulais essayer de rendre la dette immense que je dois à Paris. Et évidemment s’il n’y avait pas la mer, la Bretagne mais s’il n’y avait pas la ville de Paris je ne serais pas écrivain. Franchement, je ne sais pas ce que je serais. Donc, je me suis dit le moment est venu, mais est ce que c’était bien en étant élu que je rendais le plus de service ? Parce que je connais les électeurs, vous êtes 363 jours là et vous êtes deux jours absents, ils vous disent : mais t’es jamais là. Alors, que moi faut être franc 150 jours je ne suis pas là, pour essayer de m’informer, de me renseigner, mais je ne suis pas là. Donc, je me dis, j’ai consulté mes classiques, j’ai plongé dans la littérature mondiale, et je me suis dit est ce que c’est vraiment bon pour Bertrand d’avoir dans son équipe un autre alliage où il y a 75 % tintin et 25 % tournesol, j’ai répondu non.
Cela ne veut pas dire que je mettrai toutes mes forces au service de Bertrand évidemment en février et en mars, mais bien après que j’essaierai de le renseigner sur tout ce qui se passe ailleurs, et ailleurs aussi dans sa ville, puisque je suis maintenant conseiller d’état, mais en disponibilité, donc rassurez vous je ne coûte rien aux contribuables que vous êtes. Donc je me promène, je regarde, je reviens car je suis un nomade, le nomade est celui qui revient. Alors, je voulais juste vous dire en conclusion avec émotion, que j’ai entendu François Mitterrand répéter, sans arrêt répéter, que si nous ne réussissions pas à créer la civilisation de la ville où habite la plupart des habitants du monde, et continuerons d’habiter dans une propension croissante. Si nous ne réussissons pas à créer cette civilisation, la planète va devenir invivable et comme j’aime le bonheur, et j’espère le vivre longtemps, je fais confiance à Bertrand pour participer parmi les premiers à créer cette civilisation. Merci.
Source : Discours d'Erik Orsenna, romancier, membre de l’Académie Française, prononcé le mercredi 19 décembre 2007 à la Salle Olympe de Gouges (75011), bertranddelanoe.net.
18 décembre 2007
LE MONDE ENCHANTE DE WALT DISNEY
Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. Il y a eu la semaine Kadhafi. La semaine qui vient de commencer pourrait bien être celle de Carla Bruni. Pour ceux qui vivent vraiment loin des écrans, rappelons ici que la chanteuse d'origine italienne a été vue samedi en compagnie de Nicolas Sarkozy à Disneyland Paris. C'était, lundi 17 décembre, un sujet parmi d'autres dans les journaux télévisés et sur les chaînes d'info, entre la polémique sur l'hébergement des sans-abri et la conférence des pays donateurs pour l'Etat palestinien.
"Deux mois après son divorce, Nicolas Sarkozy a rendu publique sa relation avec Carla Bruni, ex-top model devenue chanteuse. Le couple s'est affiché face aux photographes le week-end dernier à Disneyland Paris", disait David Pujadas lundi soir sur France 2.
Kadhafi, Carla Bruni, ceci explique peut-être cela. La belle Italienne permet de faire oublier le gênant libyen. "C'est une semaine où ça tombe très bien. La semaine dernière était un peu difficile", disait sur LCI Colombe Pringle, directrice de la rédaction de Point de vue. Les photos du président de la République et de la chanteuse assistant à la grande parade de Noël d'Euro Disney vont être publiées dans Point de vue et dans Paris Match.
Sur LCI encore, dans l'émission de Valérie Expert "On en parle", une téléspectatrice parisienne, experte elle aussi, donnait son interprétation. "L'opération à Disneyland, c'est fatalement un conseiller en communication génial qui a dû dire, alors qu'il était question de lancer l'information : "Faites ça à Disneyland, puisque Noël arrive !" Ainsi, dans l'inconscient collectif surgira l'idée que le président reste proche, malgré son divorce, de la famille et des préoccupations du peuple en cette période de l'année", disait-elle.
Tout cela aurait donc été soigneusement mis en scène. Pas du tout, rétorquait, très excité, Pascal Rostain, un des photographes présents à Disneyland. "J'ai reçu vingt-sept coups de téléphone cette nuit. On entend tellement d'inepties. Tous ces journalistes qui disent que tout était organisé. Je connais Carla, c'est une amie. Elle vit une vraie histoire d'amour. Le président aussi. Ce n'est pas organisé. C'est simplement assumé. Ils ne se cachent pas. Ils ne se montrent pas", disait-il. Il n'allait évidemment pas dénigrer son gagne-pain.
Le débat allait donc bon train sur la dernière invention présidentielle en matière de rupture. On est loin d'Yvonne de Gaulle, qui refusait de recevoir à sa table ceux ou celles qui avaient divorcé.
"Tout ceci relève davantage d'un nouvel épisode de la vie de la principauté de l'Elysée que de l'avenir de la République française", disait sur BFM Benoît Hamon, porte-parole du PS. On n'a manifestement pas fini d'entendre parler de cette principauté-là.
Source : Le Monde en date du mercredi 19 décembre 2007. Chronique de Dominique Dhombres.
PRENDRE AUX PAUVRES, DONNER AUX RICHES, PAR LOUIS MAURIN
"La France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit à autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort."
Ainsi s’exprimait Nicolas Sarkozy au soir du 22 avril, premier tour de l’élection présidentielle. Il avait, mieux que Ségolène Royal, analysé l’état de la société française, d’où son élection quinze jours plus tard. Ses premiers mois d’exercice sont en contradiction à peu près complète avec ses déclarations de campagne. Les mesures prises depuis l’été consistent à prendre au plus faible pour donner au plus fort. Plus exactement, donner aux riches et ensuite récupérer l’argent des pauvres. Les annonces récentes sur le pouvoir d’achat n’y changent rien.
Donner aux riches d’abord. La loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (dite Tepa) comporte au minimum 7 milliards d’euros de baisses d’impôt pour les plus aisés, l’équivalent des deux tiers du budget annuel de l’enseignement supérieur. Cela sans considérer le volet concernant les heures supplémentaires, qui profite théoriquement à tous les salariés en proportion de leurs revenus. Au titre de la loi votée cet été, 1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros (bouclier fiscal), selon le rapport du député (UMP) Gilles Carrez. Lui-même note que les frais de succession au décès d’un conjoint d’un couple avec deux enfants disposant d’une fortune de 1,5 million d’euros seront réduits de 72 000 euros. Un couple peut désormais céder à ses trois enfants 900 000 euros de patrimoine tous les six ans sans payer de droits. L’impôt sur les successions est, en pratique, supprimé en France. D’autres mesures ont été prises depuis cet été, de moindre ampleur mais tout aussi inégalitaires. Comme l’instauration du prélèvement libératoire sur les dividendes (les revenus des actions). Les contribuables les plus aisés pourront opter pour un taux d’imposition de 29 % (18 % de prélèvement libératoire et 11 % de prélèvements sociaux) contre 40 % pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. La mesure va profiter à 50 000 contribuables qui touchent plus de 25 000 euros de dividendes annuels. Même un député UMP, Jérôme Chartier, s’est opposé à cette "augmentation du pouvoir d’achat des Français les plus riches"…
Prendre aux pauvres ensuite. Les comptes publics sont déficitaires et notre pays endetté : ces largesses fiscales doivent être financées. Le second temps de l’action présidentielle consiste à reprendre, miette par miette, ce qui a été dépensé. Au premier janvier prochain, une franchise s’appliquera sur les dépenses maladie sans prise en compte des revenus. Les plus modestes y seront de leur poche de 50 euros l’an. A la mi-novembre, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a annoncé qu’elle envisageait la mise en place d’un forfait - dont le montant n’est pas encore déterminé - pour les personnes démunies bénéficiant de l’aide juridictionnelle, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat. Enfin, 780 000 foyers, principalement des personnes âgées démunies, vont devoir acquitter 118 euros de redevance audiovisuelle l’an prochain alors que, jusqu’à présent, elles en étaient exonérées. Conséquence de la réforme décidée en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, qui reliait cette taxe aux impôts locaux dont les conditions d’exonération ne sont pas semblables. L’ensemble de ces mesures qui frappent les pauvres semblent, pour l’heure, symboliques. Quoique pour une personne âgée démunie, 168 euros de redevance et de franchise de soin, c’est loin d’être négligeable. On se ravise aujourd’hui que les catégories populaires se plaignent d’un trop faible pouvoir d’achat. Mais les caisses sont vides, et les mesures ne peuvent être à la hauteur. Les conséquences de cette politique sont désastreuses. Le Président a été élu sur la base d’un nouveau contrat, dépassant les clivages, mais il continue la politique des gouvernements précédents. L’empressement à aider les riches a comme contrepoint la lenteur prise pour mettre en œuvre des mesures destinées à réduire la pauvreté.
La gauche a tort de se réjouir du crédit de plus en plus entamé d’un chef de l’Etat contraint à la gesticulation permanente. C’est une courte vue politique. L’hypocrisie qui consiste, dans tous les milieux, à faire semblant de ne pas voir que l’effort demandé à tous est la contrepartie de cadeaux destinés aux plus favorisés (rebaptisés "classes moyennes supérieures") a d’immenses conséquences. L’action politique dans son ensemble en sort décrédibilisée auprès de larges fractions de la population. Tous ceux qui soutiennent cette politique et la mettent en œuvre sont responsables de cette situation. Ils contribuent de facto à alimenter le ressentiment social, le populisme et la course-poursuite aux extrêmes.
Source : Libération en date du mardi 18 décembre 2007. Louis Maurin est Directeur de l'Observatoire des inégalités.
17 décembre 2007
LE FMI JUGE POSITIVE LA POLITIQUE DE SARKOZY
Le rapport du FMI en date du 19 novembre 2007 portant sur la France constitue une véritable ode au gouvernement de Nicolas Sarkozy :
La France est en mouvement. L'élection d'un nouveau président et la nomination d'un gouvernement ouvertement réformateur offrent à la France l'occasion historique de renouer avec une croissance soutenue où chacun verrait ses opportunités accrues. Une ferme volonté réformiste, en véritable rupture avec le passé, associée à un rééquilibrage budgétaire plus marqué qu'il n'est envisagé actuellement, créerait un cycle vertueux combinant hausse de la croissance, assainissement des finances publiques et diminution du chômage. ou encore : L'utilisation du facteur travail en France étant parmi les plus faibles des pays de l'OCDE, "gagner plus" suppose incontestablement de "travailler plus". En France, le taux d'activité, le taux d'emploi et le nombre annuel d'heures travaillées sont largement inférieurs à la moyenne. La priorité accordée à la valeur travail par le gouvernement est donc tout à fait justifiée. Les maux dont souffre le marché du travail français, peut-être le principal obstacle à une croissance plus forte, sont bien connus. Le Président a bien résumé ces maux lors de son discours devant l'Association des journalistes de l'information sociale en septembre dernier. Nous en soulignons trois principaux. ou encore : L'amélioration du fonctionnement du marché du travail nécessite un changement radical de l'évolution du salaire minimum. La hausse tendancielle du SMIC, en renchérissant le coût du travail, a évincé les jeunes et les non-qualifiés du marché du travail. Elle a par ailleurs comprimé l'échelle des bas salaires et découragé le travail. Enfin, la politique des baisses de charges sociales, accordées pour tenter de compenser ces effets négatifs, a pesé lourdement sur les finances publiques. Par conséquent, nous saluons la décision de ne pas accorder de coup de pouce au SMIC en 2007 et suggérons qu'elle soit pérennisée. ou encore : Les négociations en cours sur la modernisation du marché du travail devraient également rechercher un accord sur la réforme du cadre juridique actuel, très contraignant. Or nous constatons avec préoccupation que les négociations semblent plutôt partir du principe que le cadre juridique actuel est largement immuable, freinant ainsi de possibles réformes du contrat de travail. Une véritable rupture avec le passé et une amélioration réelle du fonctionnement du marché du travail nécessitent d'amender les dispositions juridiques régissant actuellement le licenciement économique, de manière à faciliter les ajustements de main-d'œuvre sans passer par la solution, coûteuse, du licenciement individuel. Le système judiciaire devrait moins intervenir dans les relations entre employeurs et salariés : l'issue des conflits en serait accélérée et moins aléatoire. Il serait par ailleurs important de dissocier cause de licenciement et versement d'indemnités de chômage. Le FMI reste le FMI, c'est-à-dire une organisation internationnale ultra-libérale et son nouveau directeur, Dominique Strauss-Kahn, ne semble pas vouloir la réformer ou modifier son orientation politique. En tout cas, ce document qui est paru dix neuf jours après sa nomination, laisse pantois tant il est favorable à la politique menée par Nicolas Sarkozy. Lire le rapport.
