01 février 2008

LES MUNICIPALES, UN TREMPLIN POUR LE PS, PAR EMERIC BREHIER

C'est le dernier effet de mode : il serait de bon ton que le Parti socialiste, et la gauche en général, ne remporte pas - pardon ! -, perde les élections municipales et accessoirement les cantonales. C'est la nouvelle version du vote révolutionnaire, en quelque sorte. Perdons pour rénover le Parti socialiste. Telle était, par exemple, la thèse défendue par Laurent Bouvet (Le Monde du 26 janvier)

Depuis plusieurs semaines, les médias ne cessent de nous dire que ces élections municipales et cantonales sont des élections politiques. Dont acte. Chiche. Faisons en sorte qu'elles le soient. Les élections locales ont toujours été et doivent toujours être des rendez-vous au plus près de la vie quotidienne de nos concitoyens mais également des élections intermédiaires pour les responsables politiques nationaux en place. Politiques, ces élections le sont donc à double titre : d'abord car les choix et options portés par les candidatures de gauche et de droite ne sont pas de même nature ; ensuite car la lecture globale qui pourra en être faite le soir du 16 mars ne sera pas sans incidences sur la vie politique nationale.

Pourquoi donc certains jugent-ils la défaite plus prometteuse que la victoire ? Parce que, à leurs yeux, le Parti socialiste, parti d'élus s'il en est, serait bloqué dans toutes ses tentatives de rénovation par cette "gangue" municipale et territoriale. Derrière perce rapidement le réquisitoire contre le "socialisme municipal" et l'illusion que les réalisations entreprises par les élus dans l'ensemble des collectivités territoriales pourraient modifier en profondeur la vie quotidienne de nos concitoyens. Bref, changer la vie ne pourrait résulter que de la seule action nationale.

Cette vision se heurte à plusieurs réalités. D'abord, les élu(e)s et militant(e)s socialistes ont accédé aux responsabilités locales aux élections cantonales de 1976 puis municipales de 1977, avant même la double victoire de 1981 ! Si tous ne sont pas dans le même cas de figure, nombreux sont ceux qui ont été formés par cette expérience.

Ensuite, le contexte juridique et politique a profondément changé. A l'initiative de la gauche, grâce à l'approfondissement de la décentralisation, 70 % des investissements publics sont aujourd'hui réalisés par les collectivités et une grande partie des services publics sont peu ou prou financés et gérés par les collectivités, qu'il s'agisse des transports publics, de la petite enfance, du scolaire, de la solidarité, du logement et même de la police municipale... Changer la vie de nos concitoyens est aussi de la responsabilité des élu(e)s, des responsables et des militant(e)s dans chacune de nos collectivités locales. Même si cela ne nous dispense évidemment pas de la rénovation du coeur du système, au niveau national, cela doit nous conduire à faire des élections municipales et cantonales un enjeu majeur.

Au final, il apparaît tout de même singulier de prendre prétexte de la tendance trop fréquente des socialistes à une mauvaise interprétation et à une mauvaise exploitation des résultats électoraux locaux pour estimer qu'il vaudrait mieux perdre ces scrutins ! Que je sache, et Laurent Bouvet le sait fort bien, les élections de 2001 - perdues - n'ont pas été analysées sur le moment avec toute la sagacité voulue ! Pas plus d'ailleurs que les limites des victoires aux législatives de 1997 ou aux régionales de 1998 n'avaient été perçues avec beaucoup de clarté.

Enfin, pour ce qui relève de la nécessaire refondation du Parti socialiste et de la gauche en général, là aussi dégageons-nous des faux-semblants et des évidences factices. Qu'impose aujourd'hui l'élection présidentielle, élection reine de notre système politique, aux organisations politiques, dans un contexte d'éclatement de la gauche ? Cette rénovation nécessaire et attendue n'incombe pas au seul Parti socialiste. Elle concerne tout autant les autres formations de la gauche. Les nouvelles inégalités, les dérèglements du capitalisme financier, l'accroissement des disparités territoriales, l'explosion des polarités internationales issue de la guerre froide... autant de sujet auxquels la gauche doit confronter ses réponses pour formuler une politique alternative véritable.

Il faut donc d'abord que le Parti socialiste se remette au travail. Cessons de croire qu'il ne dispose pas d'idées, de mesures réfléchies. Les parlementaires, les groupes d'experts, les élu(e)s, les militant(e)s en ont débattu, malgré tout, ces dernières années. Et quoi que l'on puisse en penser, le projet présidentiel de Ségolène Royal en portait de très nombreuses. Ce qui manque aujourd'hui, c'est avant tout un sens politique, une ligne politique, mettant en cohérence ces propositions. C'est donc bien de cela dont le prochain congrès devra s'occuper en priorité.

Ensuite devra venir le temps des conventions ouvertes aux associations, aux organisations syndicales - qu'en bons sociaux-démocrates honteux nous oublions trop souvent -, bref viendra le temps de l'intelligence collective. Ce devra être le travail essentiel du, ou de la prochain(e) premier(e) secrétaire national(e) : remettre le parti en ordre de marche et retisser les liens indispensables au "vivre-ensemble".

Enfin, viendra le moment de la détermination de la candidate ou du candidat au travers des primaires, cette fois-ci assumées pleinement dans leur fonction première : déterminer la personnalité la plus à même de représenter la gauche, et de la mener à la victoire. C'est bien en effet l'ensemble de ces forces politiques s'accordant autour d'un projet de mandature qui pourront prendre part à cette désignation puis enclencher une réelle dynamique électorale. A ce moment-là, le PS pourra sortir de sa culture politique culpabilisante vis-à-vis des militants : à eux de définir la ligne politique lors des congrès et des conventions ; au peuple de gauche de désigner son héraut pour porter son alternative à la droite !

Et cette alternative sera d'autant plus forte que notre implantation locale sera importante. Cessons donc d'opposer l'une à l'autre ; elles sont indissociables. Le sursaut de la gauche dans ce pays passe par des élections locales réussies. N'ayons donc pas peur de la victoire. Bâtissons-la !

Source : Le Monde en date du  Samedi 01 février 2008. Emeric Bréhier est Premier secrétaire fédéral du Parti socialiste de Seine-et-Marne. Il est Conseiller technique au Cabinet du Président du Conseil régional d'Ile-de-France, Jean-Paul Huchon.

Posté par AMBROISE_NPS à 18:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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