19 février 2008

"EN CAS DE VICTOIRE DU PS, AUCUN LEADER NE POURRA SE L'APPROPRIER"

Professeur de sciences politique à Lille-II, auteur de la Société des socialistes. Le PS aujourd’hui (2006), Frédéric Sawicki décrypte les enjeux des municipales pour le PS.

Inaudible il y a peu, le parti socialiste semble bien parti pour l’emporter le 16 mars. Comment expliquer ce paradoxe ?

La chance du PS, c’est de disposer d’une présence forte dans les territoires et les villes. C’est grâce à cette présence locale qu’il peut amortir ses déboires nationaux. Il bénéficie dans les villes d’un mouvement sociologique plutôt favorable. Les habitants y sont soucieux de disposer d’un environnement de vie agréable, très consommateurs d’équipements publics, culturels et éducatifs. Ils se retrouvent donc davantage sur des programmes qui mettent en avant des dépenses publiques plutôt que sur ceux de la droite qui insistent sur l’insécurité et la diminution de la fiscalité.

Le PS pourrait donc l’emporter malgré lui ?

Comme lors des régionales de 2004, le blason du PS n’est pas particulièrement redoré. Mais c’est la première élection où les citoyens peuvent exprimer leur rejet de la politique de Sarkozy. Le PS n’a donc pas besoin de faire grand-chose pour récupérer les 3 ou 4 % qui peuvent lui permettre de creuser l’écart avec la droite. Sauf à Neuilly ou à Liévin, les municipales se jouent souvent à quelques points. Il suffit de quelques pour cent d’électeurs déterminés à sanctionner le gouvernement pour faire basculer pas mal de villes.

Hollande vise un gain de 30 villes. Est-ce possible ?

C’est probable. Il ne faut pas s’attendre à des choses spectaculaires. Le PS a la chance de ne pas avoir de rivaux. Le PCF est laminé, obligé de passer des accords avec les socialistes pour continuer à exister. Le Modem est peu florissant localement, et hésite sur sa stratégie. Les Verts font souvent liste commune au premier tour. Du coup, le PS apparaît comme le seul pôle d’opposition structuré. Sa machine électorale lui permet d’être présent sur tout le territoire. Mais il subsiste nombre d’incertitudes, notamment concernant le vote Front national. Affaibli, le FN risque d’être moins souvent présent au second tour. Reste à savoir si les candidats de droite réussiront-ils à récupérer cet électorat comme l’a fait Sarkozy pendant la présidentielle...

Pourrait-on, en cas de victoire du PS, voir un remake de l’après-régionales 2004, quand le parti avait oublié l’analyse du 21 avril 2002 ?

Après la victoire de 2004, ceux qui étaient favorables à une autocritique et à une révision des fondamentaux avaient perdu la partie. Une vision s’était imposée : à quoi bon perdre son temps dans de vaines refondations idéologiques ? Aujourd’hui, la situation a changé. Avec un premier secrétaire délégitimé et partant, la question de savoir qui va diriger le PS reste entière. Le parti ne pourra éviter une lutte sévère pour la désignation du futur leader, ce qui passera par une lutte pour la définition de sa ligne et de son programme. Jusqu’où ? Mystère.

Les uns et les autres pourront-ils capitaliser sur les résultats ?

En cas de victoire, aucun leader ne pourra vraiment se l’approprier. Mais il est clair que les "grands maires" jouent gros. Si Delanoë est réélu triomphalement ou s’il sauve son siège de justesse, il n’abordera pas la compétition interne dans la même position. Mais les conséquences sont plus générales. Si le Modem est laminé et que le PS obtient de bons scores avec ses alliés classiques, cela accréditera l’idée qu’il faut s’ancrer à gauche, et desservira la thèse de Royal. Et vice-versa.

Fort localement, faible nationalement: le PS renoue-t-il avec la tradition de la SFIO ?

Il ne manquait qu’une chose au PS pour ressembler à la SFIO des débuts de la Ve République, c’est la généralisation des alliances à géométrie variable. A l’époque, les élus locaux géraient eux-mêmes leurs alliances : avec le PCF en terre ouvrière, avec les radicaux et le MRP dans les villes bourgeoises… Le véritable changement au PS aujourd’hui n’est pas l’abandon de la stratégie d’union de la gauche, mais l’extrême tolérance à l’égard des élus qui font alliance avec le Modem. Davantage que le prélude à une recomposition politique nationale, il y a là l’acceptation d’un pragmatisme qui ne fera que renforcer l’autonomie des élus locaux vis-à-vis de la direction. Autonomie dont la SFIO, en son temps, avait péri…

Source : Libération en date du Mardi 19 février 2008. Propos recueillis par David Revault d’Allonnes.

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