23 février 2008

SENIORS : A DROITE, IMPROVISATION ET AFFICHAGE

Claude Pigement, Responsable national à la santé, évoque les méfaits de la politique gouvernementale sur les personnes âgées. Une série d’engagements non tenus, à l’origine du désenchantement des seniors.

Quelle lecture faites-vous de la politique menée par le gouvernement à l’égard des personnes âgées ?

Nicolas Sarkozy tente de reprendre la main pour faire face à la perte de confiance de cette frange de son électorat. Les différents plans concoctés par ses soins – plan Alzheimer, plan national visant à valoriser les métiers d’assistance aux personnes dépendantes – ont pour unique objectif de lui adresser un message politique fort. Le résultat se résume toutefois à un flop qui ne fait que confirmer que cette politique relève, pour l’essentiel, de l’improvisation et de l’affichage.

Le nombre de personnes relevant du minimum vieillesse n’a cessé de croître depuis 2002. Ce constat confirme le peu de considération de la droite pour nos aînés…

Oui, d’autant qu’il y a un "décrochage" total du minimum vieillesse au regard des besoins des acteurs. Cette année, la revalorisation des retraites ne s’élève d’ailleurs guère qu’à 1,1 %.Une misère ! Et un véritable scandale, compte tenu de la faiblesse du pouvoir d’achat des personnes âgées. Tout le monde s’accorde à reconnaître que cette mesure n’est pas à la hauteur des attentes des plus de 65 ans qui éprouvent de plus en plus de difficultés à joindre les deux bouts.

L’annonce d’une prime de 200 euros pour les bénéficiaires du minimum vieillesse est-elle de nature à les rassurer ?

Nicolas Sarkozy s’était engagé sur une augmentation de 25 % de la prime, sur cinq ans. Face à l’insatisfaction générale et dans la précipitation, il a annoncé le versement d’une prime de 200 euros "à valoir" sur les 5 % programmés en 2008. Le chef de l’État cède une fois de plus au superflu. Mais cette prime s’avère dérisoire. D’autant que cette disposition concerne 640 000 allocataires. C’est oublier ces millions de petits retraités qui perçoivent moins que le Smic. Un exemple, parmi d’autres, d’engagements non tenus qui suffisent à expliquer le désenchantement d’une grande partie des électeurs, au premier rang desquels figurent les personnes âgées.

En cinq ans, la participation des conseils généraux au financement de l’APA n’a fait qu’augmenter. Au point qu’il leur faut aujourd’hui régler 70 % de la facture. Cette situation ne créet- elle pas une inégalité de fait entre territoires ?

Initialement, la contribution des conseils généraux et de l’État devait être financée à part égale. Aujourd’hui, le décalage est complet, au mépris de l’esprit même de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) mise en oeuvre par le gouvernement Jospin, en juin 2001. Les départements se voient donc contraints de compenser le désengagement de l’État par une participation accrue. Ce qui n’est pas sain pour les finances locales, à l’heure où les exécutifs doivent surseoir à d’importantes dépenses sociales.

La mise en place de la franchise médicale ne pèse-t-elle pas lourdement sur le budget des personnes âgées ?

La franchise est d’autant plus préjudiciable pour ces publics qu’ils atteindront, pour la plupart, rapidement le plafond toléré (50 e par an), en sus du forfait de 1 e par consultation. Tant et si bien qu’en 2008, les bénéficiaires du minimum vieillesse (200 e) vont devoir régler la note au prix fort. Ce tour de    "passe-passe" se traduit par une réduction de moitié du versement prévu. Sans compter que les patients qui souffrent d’affections de longue durée ne pourront être exonérés de la franchise. Laquelle porte directement atteinte à leur pouvoir d’achat, après la hausse des loyers, du prix de l’énergie et des transports. Précisons enfin que les dépassements d’honoraires ont atteint 2 milliards d’euros, en 2006. Concrètement, il est de pus en plus difficile pour les personnes âgées de trouver un médecin à tarif conventionnel.

Le chef de l’État a rappelé son intention de financer une partie du plan Alzheimer par les franchises médicales. Chacun convient pourtant qu’elles se révèlent insuffisantes, d’un point de vue budgétaire, et perverses, en matière de santé…

On ne peut qu’être d’accord avec les objectifs fixés par ce plan, d’autant que la prévention et la prise en charge de la maladie sont des priorités en matière de santé publique. Nicolas Sarkozy ne fait d’ailleurs que reprendre les propositions du professeur Ménard dont le sérieux est unanimement reconnu. La mise en musique de ce dispositif est en revanche beaucoup plus contestable. Ainsi , le chef de l’État a annoncé un financement de 1,6 milliard d’euros, dont 1,4 milliard par le biais des franchises. Ce qui est injuste et contraire aux principes de solidarité nationale. Où donc s’arrêtera cette politique ? Les cancéreux finançant leur cancer et les personnes âgées, la maladie d’Alzheimer ? On demande aux malades de financer les soins d’autres malades ! Preuve que le gouvernement cède à une logique comptable !

1,4 milliard d’euros de financement, cela signifie que l’État devra engager 300 millions d’euros de dépenses annuelles.Où va-t-il trouver cet argent ?

S’il prévoit de récupérer 850 millions sur les franchises, rien ne dit qu’il atteindra son objectif. D’autant que cette somme doit être affectée prioritairement à la recherche contre le cancer, la maladie d’Alzheimer et aux soins palliatifs. Nous n’avons donc aucune garantie sur la réaffectation de ces fonds. Ce plan est non seulement inique, mais financièrement mal ficelé. Un mensonge de plus au passif de Nicolas Sarkozy !

La secrétaire d’État à la Solidarité, Valérie Létard, a présenté, le 12 février, un plan national visant à valoriser les métiers d’assistance aux personnes dépendantes, dont les besoins de recrutement s’élèvent à 400 000 emplois d’ici 2015. Que vous inspirent ces mesures ?

Sur le constat, on ne peut qu’être d’accord. Il manque toutefois 300 000 emplois à l’appel pour satisfaire la demande. Et on ne sait rien sur le financement du dispositif. Sans compter que la question épineuse des conditions salariales des personnes concernées n’a pas été réglée. Le silence de Valérie Létard est à cet égard lourd de signification.

Source : L'Hebdo des socialistes, n° 478, Samedi 23 février 2008. Propos recueillis par Bruno Tranchant.

Posté par AMBROISE_NPS à 16:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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