20 mars 2008

LIEM HOANG-NGOC : "IL Y AURA UN PLAN D'AUSTERITE"

Le chef de l’État et son gouvernement ont affirmé qu’il n’y aurait pas de "plan de rigueur" après les municipales. Peut-on leur donner crédit ?

En tout cas, la rigueur ne se justifie pas dans un contexte où la croissance est atone. Contrairement à une idée reçue, il existe des marges de manoeuvre budgétaires liées à l’abondante épargne qui se porte sur les obligations d’État. L’État peut emprunter à des taux très bas pour financer la dépense publique, mais il a gaspillé ses deniers avec le "paquet fiscal". Tout le débat porte donc sur les choix de politique budgétaire. D’autres choix que ceux que Fillon s’apprête à faire pourraient être retenus : relancer l’investissement public, redistribuer pour relancer le pouvoir d’achat…

Reste que le budget 2008 a été bâti sur une prévision de croissance (2,25 %) à laquelle, aujourd’hui, peu d’économistes accordent crédit. La baisse probable des recettes fiscales ne justifieraitelle pas aux yeux du gouvernement des mesures d’austérité ?

Ce qui laisse penser à certains qu’il y aura un plan d’austérité, c’est que les déficits vont effectivement se creuser. Non pas parce que la dépense publique sera inconsidérément accrue, mais parce que la politique fiscale menée est incapable de provoquer le choc sur la croissance qu’elle annonçait. Du coup, il y aura moins de recettes fiscales par rapport à celles prévues. Les politiques d’inspiration libérale ont tué la croissance. Si le gouvernement entend respecter le pacte de stabilité européen, il y aura un plan d’austérité qui, loin de résorber les déficits, les entretiendra parce qu’il nous plongera dans la récession. La meilleure façon de résorber les déficits est de relancer la bonne dépense. Celle qui est de nature à exercer une influence sur la croissance. C’est pourquoi le pacte de stabilité est une aberration. Les grands pays de l’Eurogroupe, à l’exception de l’Espagne, sont incapables de le respecter. Leur taux d’endettement est supérieur à 60 % du PIB. Au moment où la France va prendre la présidence de l’Union européenne, la révision du pacte de stabilité et de la stratégie monétaire actuelle sont deux débats que le chef de l’État doit lancer. Si plan d’austérité il y a, c’est qu’on aura renoncé à lancer ces débats.

Que pourrait-on faire à l’échelon national  ?

En premier lieu, il faut dresser le bilan du choix fait par le RPR en 1986 et 1993, puis par l’UMP en 2002, de rompre avec le gaullisme économique en confiant la politique industrielle aux marchés financiers par la privatisation des entreprises stratégiques. On observe aujourd’hui que les groupes du CAC 40 se portent à merveille, mais n’investissent pas. En deuxième lieu, on a opéré des politiques de redistribution à l’envers en baissant massivement la fiscalité sur les hauts revenus et le patrimoine à travers la baisse de la progressivité de l’impôt sur le revenu, le bouclier fiscal, la quasi-suppression des droits de succession… On s’apprête à baisser l’impôt sur les sociétés. Quel est l’impact macroéconomique de ces mesures ? La hausse des revenus des classes aisées alimente une épargne excédentaire et la bulle immobilière. Il n’y a pas eu de choc sur la croissance. Le défaut de recettes fiscales sera comblé par des impôts sur la consommation. Juppé avait ainsi augmenté de deux points la TVA en 1996 sans parvenir à réduire les déficits. On pourrait assister au même épisode dans peu de temps, après les franchises médicales… Mais trop de rigueur tuera la rigueur. Les déficits se creuseront encore. C’est l’incapacité des politiques conduites à relancer la croissance qui a creusé les déficits, et qui pousse leurs promoteurs à persévérer dans l’erreur qui nous plonge aujourd’hui dans un véritable cercle vicieux.

Source : L'Humanité en date du lundi 21 mars 2008. Entretien réalisé par Yves Housson. Liêm Hoang-Ngoc est Maître de conférences à l’université Paris-I. Auteur de Sarkonomics, à paraître le 1er avril chez Grasset.

Posté par AMBROISE_NPS à 08:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires sur LIEM HOANG-NGOC : "IL Y AURA UN PLAN D'AUSTERITE"

Nouveau commentaire