26 mars 2008

CONSEIL NATIONAL DU PS : INTERVENTION D'HENRI EMMANUELLI

Chers camarades, je voudrais moi aussi d’abord me féliciter de cette belle victoire.

J’ai pourtant du mal à être persuadé, comme Martine, que ce soit le triomphe de nos valeurs. J’observe que depuis une quinzaine, une vingtaine d’années, de manière récurrente, la victoire d’un camp se bâtit beaucoup sur la déception de l’autre camp.

C’est une victoire incontestable : ne nous privons pas de la savourer, mais mesurons-en tout de même les limites. Ce n’est pas un basculement de la France vers le socialisme, ou vers nos valeurs. J’aimerais que ça le soit, entendons-nous bien ; mais je n’en suis pas encore persuadé, et il faudra donc quelques confirmations ultérieures pour que j’en sois sûr.

En tout cas, c’est une victoire. Saurons-nous la gérer, Monsieur le premier secrétaire ? Ça aussi c’est une question récurrente pour ce qui est des victoires, mais également des défaites que nous n’avons pas toujours su analyser – mais ce n’est pas le moment d’en parler.

Cette victoire, nous l’avons acquise avec une stratégie fixée par le parti, et qui a connu quelques accommodations locales, comme ça a été rappelé à cette tribune.

Je me suis exprimé avec Benoît Hamon sur cette question stratégique dans une tribune libre aujourd’hui, et je suis plutôt heureux de ce que j’ai entendu aujourd’hui dans cette enceinte. Finalement, que ce soit Bertrand, que ce soit Martine, je partage leur point de vue. Si le MoDem est de gauche, je suis pour.

Je suis même prêt à franchir un pas supplémentaire : si la droite bascule à gauche, pourquoi pas, mes chers camarades ?

Mais vous le savez, la question ne se pose pas tout à fait comme cela. Le MoDem est un parti qui a une histoire, et s’agissant de ses options économiques ou de ses rapports à la justice sociale, ceux qui sont parlementaires depuis un certain nombre d’années ont pu mesurer que, comme le disait un président de la République de gauche, le centre n’est "ni de gauche, ni de gauche". Accroître notre audience, oui bien sûr ; mais pour ce qui est de nouer des alliances stratégiques – dont il a été question dans certaines déclarations – c’est un autre sujet, un peu plus compliqué.

La question qui nous est posée aujourd’hui, c’est celle du calendrier. Nous l’approuvons, mon cher Premier secrétaire : il devrait donner du temps à tout le monde pour réfléchir, pour approfondir les questions, et pour aller, comme vient de nous le conseiller Vincent Peillon, au bout de notre intelligence. C’est un voyage sans fond, Vincent ! Notre intelligence n’a pas de limite ! Il serait souhaitable qu’il y ait quelques étapes quand même, parce que sinon nous risquerions de cheminer longtemps.

Ce que je pense très simplement, mes chers camarades, c’est que nous ne manquons ni d’idées, ni de propositions, mais que ce dont nous sommes dépourvus, c’est de cohérence.

Nous prenons des concepts qui ne nous appartiennent pas, nous les faisons nôtres, nous les mélangeons aux nôtres et tout ça donne une espèce de choukchouka qui n’est toujours pas intelligible.

J’entends parler de réformes. Encore aujourd’hui, réforme, réforme, réforme ! C’est devenu le leitmotiv de la droite, et nous sommes, nous, un parti réformiste. Sauf que, chers camarades, pour les socialistes, réforme, ça n’a jamais voulu dire moins ou pire, ça a toujours voulu dire : plus ou mieux. Donc rabâcher ce mot et proclamer que nous sommes pour la « réforme », au prétexte qu’il faudrait être moderne, ça ne veut rien dire.

Les réformes qui consistent à faire marche arrière, non, les Français n’en veulent pas, et savez-vous pourquoi, chers camarades ? Parce que, dans leur majorité, ils ne sont pas masochistes.

Il n’empêche que, dans nos propres rangs, nous reprenons allègrement : il faut être pour la "réforme". Son contenu ? Eh bien on verra ! Ce qui est essentiel c’est d’être catalogué réformistes. Alors essayons de faire un effort sur nous-mêmes et nous en avons, j’en suis persuadé, la capacité, pour défendre ce en quoi nous croyons, les valeurs auxquelles nous croyons. J’ai été heureux tout à l’heure d’entendre le benjamin de l’Assemblée nationale rappeler quelque chose de simple : la liberté fait danser beaucoup de monde, en cette époque. Tout le monde, la gauche, la droite, le centre, danse sur l’air de la liberté. Mais ce qui fait la spécificité de la gauche, ce qui fait battre le coeur du socialisme, c’est l’égalité.

Et il n’y a pas d’antagonisme, Vincent, entre liberté et égalité, absolument pas. J’ai entendu reparler de redistribution, je pensais que c’était un mot que nous avions oublié, un concept dont j’ai lu il y a deux ans dans un livre célèbre, qu’il était désormais derrière nous et qui se réimpose tout simplement parce que les inégalités se creusent, parce que l’image que nous avons de la société sous nos yeux n’est pas acceptable pour nous, pas plus que pour une majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Retrouvons nos mots, expliquons ce que nous voulons, ce que sont nos valeurs, et pas simplement dans des généralités que tout le monde peut partager, mais sur des sujets précis.

En matière de politique étrangère par exemple, je demande que le Parti socialiste soit à la pointe du combat contre l’engagement en Afghanistan, parce que c’est une erreur politique, parce que c’est une erreur qui risque d’avoir des conséquences humaines lourdes, mais aussi sur nos finances publiques. C’est bien beau de supprimer dans notre déclaration de principe le « bloc contre bloc ». Mais il y a pire à l’horizon, mes chers camarades, il y a « civilisation contre civilisation ». J’espère que si on révise les évangiles, on n’oubliera pas de rappeler ce petit détail, parce que si on supprimait les « blocs » pour ne rien dire du combat civilisation contre civilisation, ce serait, là encore, une reculade plutôt qu’une avancée : évitons donc de sacrifier à l’ambition des feuilles mortes, qui est, comme nous le rappelait Kundera, l’ambition des feuilles mortes.

Faisons notre travail sérieusement, avec cohérence, avec sincérité et, oui, à ce moment-là, nous retrouverons notre unité. Parce que notre unité ne peut pas être qu’une proclamation sur des tribunes. Notre unité, c’est forcément la cohérence. Nous l’avons douloureusement vécu à l’occasion de l’affaire européenne, parce que derrière les mêmes mots, nous ne mettions pas les mêmes réalités ; parce que derrière les mêmes slogans, nous ne mettions pas les mêmes contenus. « Cohérence » doit être le maître mot, mes chers camarades.

Concernant nos statuts : vous savez, quand une église perd ses évangiles, ce n’est pas en réformant la curie romaine qu’on lui donne de l’audience. C’est plutôt sur ses comportements, sur nos comportements, sur nos pratiques qu’il faut s’interroger.

Là aussi, mes chers camarades, cette idée qui consisterait à vouloir enfermer la réalité politique, qui est par nature mouvante et imprévisible, dans les statuts du Parti socialiste, en sachant à quelle époque il va falloir désigner ou quelle époque il ne va pas falloir désigner, cette idée, mes chers camarades, n’est pas sérieuse.

Ce qu’il nous faut, ce sont des modalités de vivre ensemble dans la cohérence : à ce moment-là, nous affronterons la réalité comme elle vient. Ne nous fixons pas à l’avance le calendrier de futures turpitudes que nous allons nous imposer.

Je voudrais redire ici ce que j’ai dit au Bureau national. Cette idée qu’il pourrait y avoir un premier secrétaire ou une première secrétaire élu(e) au suffrage universel, et qu’ensuite on redésignerait un candidat ou une candidate élu(e) au suffrage universel, mes chers camarades, cela ne marche nulle part au monde. Partout où il y a démocratie, le ou la leader du parti de l’opposition a vocation à devenir le responsable de l’exécutif.

Si je me suis retiré volontairement en 1995 de la tête du Parti socialiste, c’est parce que j’ai dit à Lionel Jospin : "j’ai été battu, il ne peut pas y avoir, il ne doit pas y avoir une double légitimité". On vivait cette situation à l’époque en Allemagne, en Espagne. Il doit n’y en avoir qu’un, et le Premier secrétaire du Parti socialiste a vocation à être notre candidat. Toute autre combinaison ne fonctionnera pas, je vous le dis avec conviction, après y avoir beaucoup réfléchi.

Faisons des choses simples, allons vers des réalités simples, et soyons cohérents, et vous verrez que les Françaises et les Français seront au rendez-vous en 2012.

Mais 2012 ne peut pas, ne doit pas être aujourd’hui dans les têtes. Je dénombre à peu près déjà six ou sept candidats potentiels à la présidentielle. Mais ça, ce sera le fruit. Ce dont nous avons la charge pendant ces quatre ans, c’est de planter l’arbre et de le faire fructifier : ne commençons pas à chercher le fruit avant d’avoir planté l’arbre ! Alors plantons l’arbre, nous avons quatre ans pour le faire pousser. Merci mes camarades.

Source : site national du NPS : www.nouveau-ps.org

Posté par AMBROISE_NPS à 10:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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