18 avril 2008

DATI DANS SA BULLE, PAR FRANCOISE COTTA, NATHALIE JAUDEL ET SERGE PORTELLI

Rachida Dati a un grand souci de son image, et multiplie les interviews. Mais pourquoi déteste-t-elle à ce point la contradiction ? Dimanche dernier, l’émission Ripostes, sur la 5, devait être consacrée au bilan de la Garde des Sceaux. L’équipe de Serge Moati nous a contactés. À l’issue de tractations délicates, Rachida Dati a refusé le juge et l’avocate, proposant des contradicteurs plus tendres. Serge Moati, dont nous saluons le courage, a préféré annuler l’émission plutôt que de se soumettre à de telles exigences.

Nous ne pouvons que regretter cette tentative de passage en force qui prive l’opinion d’un lieu de débat démocratique de qualité. Il faut dire que l’esprit de dialogue n’est pas le point fort de la ministre. Une fois enlevé son sourire conquérant, le style réel alterne agressivité et arrogance. On ne compte plus les groupes de travail qu’elle installe mais n’écoute pas. Celui sur la carte judiciaire en est l’illustration caricaturale. Inauguré en grande pompe, il n’a jamais fonctionné, la ministre préférant imposer autoritairement ses choix. Chacun connaît les raisons réelles des départs de ses conseillers : la désinvolture et la brutalité avec lesquelles elle les traite.

La politique qu’elle met en œuvre mérite plus que jamais un vaste débat. Les réformes qui portent son nom depuis près d’un an traduisent un bouleversement non seulement de notre droit, mais surtout des principes fondamentaux de notre société. Sommes-nous fondés à détenir à vie des personnes estimées dangereuses une fois leur peine purgée ? Peut-on traduire devant un tribunal des malades mentaux déclarés inaccessibles à une sanction pénale ? Les enfants et les adolescents doivent-ils ou non faire l’objet d’une justice particulière ? Peut-on appliquer des peines automatiques aux récidivistes ? Comment répartir les tribunaux en France ? Comment concevoir la prison aujourd’hui ? De telles interrogations méritent un débat réel avec des interlocuteurs qu’on ne puisse soupçonner de complaisance.

Si Rachida Dati a pour modèle absolu Nicolas Sarkozy, qu’elle aille jusqu’au bout d’une imitation qui a ses risques. Lui ne refuse pas le débat, si dur puisse-t-il être, même s’il tente parfois de choisir interlocuteurs et journalistes. Rachida Dati vit dans une bulle. Les récentes confidences qu’elle faisait, off, à une de ses amies, journaliste sur France 24, montrent qu’elle ne mesure pas son isolement et la réalité de la résistance à ses réformes. Ce n’est pas en refusant une fois de plus le dialogue qu’elle servira sa propre cause. Encore moins celle de la justice.

Source : Libération en date du vendredi 18 avril 2008. Françoise Cotta est avocate, Nathalie Jaudel est psychanalyste et Serge portelli est magistrat.

Posté par AMBROISE_NPS à 10:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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