17 mai 2008

SERGE VOLKOFF : "LE CUMUL EMPLOI-RETRAITE NE DOIT PAS DEVENIR UN DEVOIR"

Seule idée du gouvernement pour régler le problème des retraites : allonger la durée de cotisation. Une mesure qui, au vu du faible taux de l’emploi des plus de 55 ans, pourrait se révéler inefficace. De plus, d’autres questions telles que la prise en compte de la pénibilité de l’emploi et le niveau des pensions de retraite doivent être posées. Serge Volkoff, Directeur de recherche au Centre d’études de l’emploi, revient sur ce sujet d’avenir.

La réforme des retraites est l’un des leitmotiv de ces dix dernières années. Quel est l’état réel des régimes de retraite en France ?

La réforme Fillon de 2003 a entériné la disposition dite de longue carrière. On a alors admis que les personnes ayant déjà beaucoup d’années de cotisation mais n’ayant pas atteint 60 ans, pouvaient partir sans attendre. Et cette mesure a eu un succès nettement plus grand que ce qui avait été prévu par les pouvoirs publics. Il s’en est suivi une montée soudaine des dépenses de pensions. La situation des régimes actuels s’explique donc en partie par cette mesure, mais aussi par les départs en retraite des premiers baby-boomers.

Cependant, le déficit actuel des régimes de retraite est aussi largement dû au chômage ou au temps partiel. Les personnes à temps partiel cotisent moins. Mais le principal problème ne concerne pas le financement des retraites des deux ou trois prochaines années. Il s’agit pour les pouvoirs publics d’anticiper sur les évolutions démographiques importantes qui vont marquer notre pays les 20 prochaines années.

Passer à 41 ans de cotisation est donc une solution ?

Il faudrait éviter de partir à l’aveuglette dans cette affaire. Dans la deuxième moitié des années 1990, les pouvoirs publics, considérant que les préretraites financées par le fonds national de l’emploi coûtaient trop cher, ont très largement limité cette possibilité. On a alors constaté une augmentation pratiquement nombre pour nombre du chômage des salariés vieillissants. Donc, pour parler vite, ceux qui devaient sortir sont sortis. Un allongement de la durée de cotisation pourrait provoquer un effet similaire. Car pour prolonger leur vie professionnelle, encore faudrait-il que les seniors en aient une. Deux tiers des personnes qui prennent leur retraite ne sont pas au travail actuellement. Raisonner en disant qu’un passage de 40 à 41 ans permettrait de recueillir un an de cotisations supplémentaires est erroné si ces personnes ne cotisent déjà plus !

Pourquoi les plus de 55 ans ont-ils tant de difficulté à trouver un emploi ? Quelle solution existe-t-il pour lutter contre le chômage des seniors ?

D’abord, il y a les problèmes de santé qui sont en cause. Tous les quinquagénaires ne sont pas handicapés, et tous les 25-30 ans ne sont pas au sommet de leur forme. Mais statistiquement, il y a un peu plus de douleurs articulaires ou de problèmes de sommeil chez les salariés proches des 60 ans. Par conséquent, une question se pose : est-on capable ou non de concevoir des situations de travail accueillantes pour une large diversité de personnes ? Aujourd’hui, l’évolution du travail tend à créer des situations de plus en plus réservées à des sortes d’athlètes. On se dirige donc vers une sélection sans cesse accrue sur le marché du travail. L’une des conséquences est un resserrement des embauches sur les 25-55 ans, et pourquoi pas demain, sur les 30-50 ans.

Car en France, au plan européen et outre-Atlantique, beaucoup estiment que les quinqua ne sont pas très adaptables. En réalité cette adaptabilité des quinqua est très dépendante de l’organisation du travail, de la conduite des changements et de l’organisation des formations.

La formation tout au long de la vie serait donc, selon vous, l’un des remèdes au problème d’emploi des seniors ?

C’est évident. Mais le niveau global de la formation continue en France est bas, et les disparités sociales sont importantes. Les cadres sont beaucoup plus formés que les ouvriers. De plus, après 45 ans, au moins chez les ouvriers et les employés, les taux de formation sont extrêmement faibles. Avec un modèle comme celui-ci, la situation actuelle s’explique très simplement. L’image d’un salarié vieillissant peu adaptable devient une réalité, car, sans accès à la formation, il est désemparé face aux évolutions.

Existe-t-il d’autres pistes pour améliorer l’emploi des seniors ?

L’amélioration des conditions de travail en est une. Il s’agit, par exemple, d’aider les entreprises à remédier aux sollicitations posturales trop fortes. Car la prévalence de douleurs articulaires s’accroît avec l’âge.

De même, on peut essayer de faire attention au système d’horaires. Un salarié, embauché dans une entreprise qui doit fonctionner 24h/24h et sept jours sur sept, sera confronté à des horaires de nuit et au travail le week-end. Et il vient un âge où cette flexibilité des horaires pèse sur la santé. Dans ces conditions, soit il peut se reconvertir sur un poste avec des horaires diurnes réguliers, sans perdre de qualification, ou bien il ne peut pas. Il faut donc trouver des moyens d’accompagnement. Mais là encore la formation compte. Si une personne a eu accès à une formation efficace, c’est certainement ce qui va lui permettre de se reconvertir.

Enfin, l’organisation du travail est centrale. La multiplication des urgences dans le travail met les personnes vieillissantes en difficulté. Non pas que les vieillissants soient plus lents. Quand on possède bien son métier, on va aussi vite qu’un jeune, voire plus. Par contre, s’il a affaire à énormément d’imprévus, qu’il faut sans arrêt reprogrammer ses tâches, le vieillissant est tout spécialement touché. Car les ressources majeures de l’expérience, comme le montrent les travaux en psychologie du travail, se déploient dans les marges d’anticipation.

La pénibilité de l’emploi est une réalité pour beaucoup de travailleurs. Comment la prendre en compte ?

Certaines caractéristiques du travail nuisent probablement, soit à l’espérance de vie soit à la qualité de vie au grand âge, donc finalement à la durée ou à la qualité de la retraite. Il semblerait assez naturel de compenser ces nuisances. Il faut donc repérer un certain nombre de grands critères «  de pénibilité » au plan interprofessionnel, connus scientifiquement comme ayant un effet potentiel sur l’espérance de vie en bonne santé. Il s’agit par exemple du travail de nuit, facteur prédictif de troubles du sommeil au grand âge. De gros efforts physiques peuvent également laisser des séquelles. Il y a aussi l’exposition aux toxiques, qui peut provoquer des cancers. Ça a été le cas avec l’amiante. Dès lors, un travailleur pourrait savoir que son année de travail comptera pour un an et un ou deux mois, au titre d’année de cotisation.

La droite évoque de plus en plus le recours au cumul emploi-retraite. Sommes-nous condamnés à travailler jusqu’à la mort, ou à vivre dans une société de retraités pauvres ?

Normalement, le cumul emploi-retraite se joue dans le registre du droit. A priori la possibilité de cumuler revenus du travail et pension de retraite accorde une liberté supplémentaire au retraité. Ce serait donc un progrès.

Mais ne va-t-on pas entrer dans un système où, parce qu’il y aura des possibilités accrues de cumul emploi-retraite, les pensions de retraite iront à la baisse ? Le droit au cumul ne serait plus un droit, mais deviendrait un devoir. Il faudrait donc maximiser la probabilité pour que le cumul soit lié à l’envie de travailler, et non pas au besoin de survivre. Le sens du cumul emploi-retraite dépend énormément du niveau des retraites.

Source : L'Hebdo des socialistes, n°489, Samedi 17 mai 2008. Propos recueillis par Fany Costes.


LES SOCIALISTES GARANTS D'UNE REFORME JUSTE ET EFFICACE

La droite n’a en rien résolu la question des retraites. Pire, la loi Fillon de 2003 a sapé les fondements mêmes de la confiance des Français dans le système par répartition. Il est donc grand temps de penser une vraie réforme, fondée sur la justice sociale et la solidarité intergénérationnelle, pour maintenir et améliorer un système de retraite solidaire et efficace. Les propositions émises, le 29 avril 2008, par le Bureau national du PS vont dans ce sens.

La loi Fillon de 2003 a échoué. Elle n’a rien réglé sur le plan social. Elle n’a pas évité le déséquilibre financier puisque le premier déficit date de 2004, pour atteindre près de 5 milliards d’euros en 2007. La déconvenue de la réforme Fillon de 2003 s’explique par la contre-performance économique de la droite depuis 6 ans. Le pari de la croissance et du pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous.

Le pouvoir d’achat des retraites devient la question centrale : 6 millions de personnes âgées vivent avec des pensions largement inférieures au Smic. 1 million de personnes retraitées connaissent la pauvreté. 620 000 relèvent du minimum vieillesse. On ne peut pas maintenir durablement des millions d’hommes et de femmes de plus de 60 ans au terme de leur activité professionnelle sous le niveau du Smic ou pire sous le seuil de pauvreté.

La baisse du taux de remplacement, liée à la précarité salariale, génère un risque de fragilisation des mécanismes solidaires de retraite. La Loi Fillon de 2003 se révèle particulièrement dangereuse et perverse, puisqu’elle sape les fondements mêmes de la confiance, notamment des jeunes générations, dans le système par répartition.

Nous souhaitons une véritable négociation avec les partenaires sociaux, pour faire aboutir une vraie réforme des retraites. Les partenaires sociaux ne peuvent être des alibis. Ils doivent être respectés et entendus à l’occasion d’une authentique négociation collective.

Nous sommes plus que jamais favorables au maintien et donc à l’amélioration d’un système de retraite par répartition solidaire, universel, fondée sur une démarche intergénérationnelle, juste et efficace, et une politique dynamique de l’emploi durable et correctement rémunéré.

Nous voulons une réforme qui permette l’amélioration pérenne du pouvoir d’achat de tous les retraités et d’abord des petites retraites, en particulier par la mise au point négociée d’un mécanisme à la fois actualisé et annualisé sur le taux réel de l’inflation. C’est une question de confiance et de justice.

La loi Fillon n’a pas tenu ses engagements sur trois autres points essentiels : le recul de la précarité salariale n’est pas au rendez-vous. L’amélioration du taux d’activité des salariés âgés de 55 à 60 ans n’a pas eu lieu. La question de la pénibilité des métiers et son corollaire, la profonde inégalité d’espérance de vie à 60 ans n’est pas traitée. Aussi, nous récusons, en l’état actuel, tout allongement de la durée de cotisations qui réduirait encore davantage la proportion des salariés parvenant dans l’avenir, à une retraite à taux plein et donc le taux de remplacement moyen, sans procurer de recettes supplémentaires pour le régime de base.

Alors que l’âge moyen de cessation d’activité ne dépasse pas 58 ans et 8 mois et que plus de 60 % des salariés de plus de 55 ans sont évincés du marché du travail, nous souhaitons :

- Le maintien d’une durée de cotisation de 40 ans

- L’amélioration sensible du taux d’activité des plus de 50 ans

- La préservation de l’accès à la retraite à 60 ans, conquête sociale majeure pour des millions de salariés. Il en va de la sauvegarde du niveau des pensions.

- La poursuite active des négociations sur la question de la pénibilité des métiers conformément aux engagements de la Loi Fillon. En cas d’échec de ces négociations, nous engagerions des consultations nécessaires avec les organisations syndicales.

- La proratisation du nombre d’années de référence pour le calcul des pensions en fonction du nombre d’annuités pleines pour les carrières incomplètes.

En termes de financement, nous préconisons :

- Le réabondement régulier du fonds de réserve, à travers la rétrocession par l’État d’une partie des dividendes des entreprises publiques, et le versement du produit des pénalités financières exigées des entreprises qui ne jouent pas le jeu de l’emploi des seniors. Le fonds de réserve des retraites fait partie du contrat social. Son renforcement est indispensable. Il pourrait l’être en particulier à travers les cessions d’actifs de l’État et des cessions du patrimoine immobilier de l’État.

- La sollicitation des revenus financiers et des niches sociales dans le financement des retraites, ce qui peut dégager au moins 3 milliards.

- L’analyse critique du montant des exonérations des cotisations sociales, et le remboursement scrupuleux des sommes dues par l’État au régime général ; le seul remboursement régulier représente un gain potentiel de 3 milliards.

- L’annulation d’une partie du paquet fiscal, notamment celle relative à l’exonération des grosses successions pour un montant de 2 milliards environ.

- Un transfert éventuel d’un ou deux points de cotisation Unedic sur l’assurance vieillesse.

Le Parti socialiste milite pour une réforme négociée des retraites, fondée sur la justice sociale, la solidarité intergénérationnelle, et la confiance retrouvée des générations actuelles de quadra et quinquagénaires. Il en va du contenu et de l’authenticité de notre contrat social.

Source : L'Hebdo des socialistes, n° 489, Samedi 17 mai 2008.

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