11 juin 2008

REPRODUCTION SOCIALE ET DROIT A L'AVENIR, PAR OLIVIER DUSSOPT

Pour la première fois, une génération entière est convaincue qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Un fils d’ouvrier ou d’employé a toujours autant, sinon plus, de chances d’être lui-même ouvrier ou employé que dans les années 60. L’accès à une formation supérieure s’est élargi mais l’obtention d’un diplôme d’études supérieures reste largement prédéterminée par les origines sociales des étudiants.

Si les causes de ce constat se trouvent en partie dans la crise économique et sociale actuelle, le mal semble plus profond.

La massification et la démocratisation de l’enseignement supérieur devaient résoudre des inégalités, on ne peut que déplorer l’échec de ce mouvement qui n’a résolu en rien la question de l’égalité des chances. Le déterminisme social par l’appartenance à une catégorie socioprofessionnelle s’accompagne désormais d’un déterminisme en fonction de son lieu de naissance ou de résidence.

Logiquement et simultanément, l’homogamie sociale reste de mise et maintient une distance forte entre les différents groupes sociaux composant la société.

Cet échec à assurer une véritable promotion sociale est d’autant plus patent que la crise économique, le chômage et le développement de la précarité ont aggravé le sentiment de déclassement. En effet, confronté à la remise en cause et à la dégradation de leur situation, celles et ceux ne croyaient déjà plus en la possibilité d’une ascension sociale sont désormais persuadés qu’ils vont occuper un statut encore moins valorisant que celui de leurs parents dans la société et que cela ne relève de leur seule responsabilité.

L’ascenseur social est en panne et cela se constate chaque jour un peu plus avec l’impossibilité toujours plus grande d’accéder à un emploi stable, la remise en cause des retraites, la crise du logement.

Parallèlement à cela, le décrochage citoyen avec une frange toujours plus importante de la population qui se désintéresse de la vie publique apparaît comme une conséquence directe de cette crise. Une frange toujours plus importante qui ne croit plus en la politique comme en un outil au service de la transformation et du progrès social.

C’est en cela que la gauche, les progressistes, doivent se saisir de cette question de la reproduction des inégalités sociales. C’est parce que cela touche à l’émancipation individuelle et collective que la promotion sociale et l’égalité des chances doivent être placées au coeur de nos réflexions. Au delà de ce constat l’objectif de l’action publique doit prendre deux formes. Elle doit d’abord consister à réhabiliter une action collective et à lutter contre l’individualisme. La promotion sociale ne doit pas être possible que par une concurrence acharnée avec celui qui partage le même sort et la même condition. Elle doit aussi consister en une politique volontariste, en particulier dans le domaine éducatif. Il s’agit de corriger les inégalités de dotation en capital social, économique et culturel. Permettre par l’école et le développement d’activités periscolaires à chaque enfant d’avoir les références culturelles nécessaires à la réussite scolaire. Donner à la laïcité tout son sens en construisant un cadre d’action publique neutre et permettant à chacun de réussir sans que soit tenu compte de ses origines ou de ses traits identitaires.

Développement des pratiques et de l’accès à la culture, renforcement des capacités du système d’orientation doivent être autant de priorités. L’autonomie doit être offerte à celles et ceux qui manquent des moyens matériels nécessaires à la concrétisation de leurs projets par une allocation personnalisée et tenant compte de la situation objective de chacun. La mobilité doit aussi faire l’objet de politique publique volontaire avec un soutien aux étudiants devant quitter leurs régions et ainsi faire face à des coûts plus importants que ceux engendrés par des cursus plus locaux.

Revaloriser l’action publique, c’est aussi lui rendre sa capacité à changer la vie et à transformer la société pour qu’elle soit plus juste. C’est aussi, et plus fondamentalement encore, le propre de la République que d’être émancipatrice et de permettre la progression de chacun de ses citoyens.

Résoudre la question de l’égalité des chances est un objectif ambitieux, il s’agit d’abord de faire en sorte que personne ne soit empêché de réaliser son rêve pour des raisons liées à son statut .Il s’agit, pour nous, de réhabiliter le droit à un avenir.

Source : www.reconquêtes.eu. Olivier Dussopt est député socialiste de l'Ardèche.

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