UN MONDE D'AVANCE - SECTION LEON BLUM : NOUVEAU BLOG
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Alors que les présidents des groupes parlementaires socialistes et sociaux-démocrates de l'Union européenne se réunissaient, lundi et mardi à l'Assemblée nationale, Rémi Lefebvre, Professeur de Science politique à l'Université de Lille et de Reims, spécialiste du PS, revient sur la crise généralisée de ce modèle.
Le PS ne serait-il plus le seul parti social-démocrate européen à connaître les affres de la crise interne ?
Ce qu'on voit au Labour, avec l'affaiblissement de Gordon Brown et les féroces luttes internes qui en découlent, ou encore au SPD, qui déjà changé trois fois de président depuis 2005, montre que le PS n'a pas le monopole de la compétition interne ! Et il faut relativiser: le déclin du PS, qui n'a jamais été un parti de masse, est moins flagrant, au niveau de l'organisation, que celui du SPD, un parti extrêmement puissant et organisé, lié au syndicats et au monde ourier, qui a perdu en dix ans un tiers de ses adhérents.
Est-ce la même crise qui frappe tous les partis européens qui se revendiquent de la social-démocratie ?
On peut d'abord se demander si la social-démocratie existe! Est-ce que ça a du sens de comparer des organisations aussi différentes que le Labour, le PSOE, le SPD ou le PS français ? Surtout avec des règles du jeu électoral tout à fait différentes, notamment en Angleterre, avec son mode de scrutin à un tour. Reste que tous ces partis appartiennent tout de même à la même famille politique. Et qu'ils sont tous confrontés à des évolutions économiques et sociétales similaires, le libéralisme, la mondialisation ou l'individualisme, qui déstabilisent ce modèle.
Avec 13 défaites aux 15 dernières élections en Europe, on peut tout de même parler de crise électorale quasi-généralisée...
La crise de performance électorale est une manifestation de la crise du modèle social-démocrate, mais ses raisons sont plus profondes. C'est aussi une crise organisationnelle, avec le déclin des partis de masse qui irriguaient la société, une crise idéologique et programmatique, une crise stratégique, aussi, avec une montée des gauches radicales. C'est enfin une crise sociologique: la social-démocratie n'a pas redéfini sa base électorale, alors même qu'elle est confrontée à une droite qui brouille la sociologie électorale.
D'où la recherche de nouvelles alliances ?
Il faut rapporter la question des alliances à celle des cibles électorales. Partout en Europe, la social-démocratie a perdu ses bases populaires. En France, en Suède, en Italie, celles-ci se droitisent, séduites par les nouvelles synthèses idéologiques apparues du côté de la droite qui, elle, a fait son aggiornamento. Les conservateurs ont fait évoluer leur patrimoine idéologique, conciliant individualisme et compassion, libéralisme et protection, ordre et mouvement. Sarkozy ou Berlusconi, par exemple, ont fait voter ensemble la clientèle traditionnelle de la droite et les ouvriers. Les partis sociaux-démocrates, eux, ont fait le deuil des catégories populaires. Elles cherchent des réserves électorales au centre.
Le débat sur l'alliance avec le centre, ici le Modem, est-il aussi vif dans les autres formations sociales-démocrates ?
Cela dépend du système politique. En Angleterre, il n 'y a pas d'équivalent fonctionnel de Besancenot ou de Die Linke. Dans un système plus représentatif, où une dose de proportionnelle permet aux mouvements de taille plus modeste d'être représentés, cela se pose avec davantage d'acuité. On ne peut comprendre la tentation du centre sans expliquer que les partis sociaux-démocrates ont non seulement perdu les catégories populaires, mais également renoncé à les reconquérir. On peut citer à cet égard le cas italien, où l'on en vient à douter du fait que le Parti démocratique soit de gauche, puisque son leader lui-même prône le dépassement du clivage droite-gauche afin de rogner des électeurs non alignés.
Le PS, du point de vue idéologique, est-il au diapason de ses homologues européens ?
Le paradoxe idéologique, c'est qu'il y a une tentation de plus en plus forte, dans le débat interne du PS, d'alignement sur les standards de la social-démocratie européenne. Une partie des socialistes phantasme sur une ligne qui, pourtant, ne fonctionne plus ailleurs! Mais on constate que dans les autres pays, il n'y a pas de réflexion sur la crise de la social-démocratie. La démarche de la Troisième voie, cheval de bataille de Blair et de Schröder à la fin des années 1990, demeure encore la doxa, la ligne politique dominante dans les partis sociaux-démocrates d'Europe.
Dans ce contexte, la crise financière ne peut-elle favoriser l'aggorniamento social-démocrate ?
La crise ouvre une fenêtre d'opportunité très forte à la régulation, à la réhabilitation de l'intervention politique et des services publics. Mais on a l'impression que la sociale-démocratie est décalée par rapport à une crise qu'elle même n'a pas anticipé, alors que ce contexte est évidemement porteur pour elle. Pas sûr qu'elle puissse capitaliser là dessus. Au-fond, c'est très révélateur d'une sociale-démocratie peu réactive, qui a désinvesti la question de l'idéologie. La bataille des valeurs est aujourd'hui davantage portée par la droite que par la gauche.
Tous ces partis ont-ils également abandonné le terrain des idées ?
Le PS, beaucoup plus que ses homologues, a perdu du terrain sur le plan intellectuel. Parce que le parti est plus faible, en termes d'organisation, parce que ses élites se considèrent elles-mêmes comme des intellectuels, et parce qu'elles ont tendance à instrumentaliser les intellectuels, ce qui agrandit le fossé entre eux. Les fondations anglaises proches du Labour et du SPD sont beaucoup plus actives que celles qui gravitent autour du PS. Il n'est qu'à regarder les budgets. A l'arrivée, l'érosion de la relation entre le PS les intellectuels est plus forte qu'ailleurs.
La vie en rose, blog de David Revault d'Allonnes, journaliste à Libération.Rémi Lefebvre est Professeur de science politique à l'Université de Reims et chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales (CERAPS-CNRS) à Lille.
Le monde se métamorphose : le néo-libéralisme plonge la planète toute entière dans la crise. Un monde s’éteint et le neuf hésite encore à naitre. Notre congrès se déroule dans ce clair obscur, cet intervalle entre deux cycles dont peuvent émerger le meilleur, un monde régulé et plus juste, ou le pire, le nationalisme ou la renaissance d’un capitalisme financiarisé.
Le contexte international n'est pas étranger à la détérioration de la situation en France. Mais la droite en porte la responsabilité principale. La politique de Nicolas Sarkozy a affaibli toutes les fondations du pays. Cette politique fait système et rien n’est plus absurde que de vouloir y répondre au coup par coup, sans stratégie ni projet clairs.
Notre parti n'a pas la faveur des Français qui jugent notre action timorée et souvent illisible. Il n’est seul. La social-démocratie européenne a subi 13 défaites sur les 15 derniers scrutins. Est-ce, dans chacun de ces treize partis, faute de leaders ou de discipline ? Ou bien est-ce le résultat de la défaillance du projet social démocrate ? Cette seconde hypothèse paraît tout de même plus vraisemblable ! Ce qui est essentiel pour un parti, ce qui entraîne l'adhésion ou motive la critique, c'est son orientation politique. Nous devons retrouver un temps d'avance. Trois tâches immédiates s’imposent aux socialistes.
S’opposer
Nous devons nous opposer sans donner le sentiment d'avoir toujours besoin de nous justifier d’être de gauche et de notre rejet de la politique de la droite. Car au regard de la politique de Nicolas Sarkozy, la fois réactionnaire et anachronique, cela n’a presque jamais été aussi simple d’être de gauche.. Mais pour cela, il faut dire clairement que le vieux système libéral est en bout de course. Or, nous avons manqué de pugnacité et de clarté dans notre combat contre la droite. Reims doit ouvrir le cycle d’une gauche décomplexée.
Proposer
Notre motion propose de clarifier notre ligne politique, en tranchant ce que nous voulons, mais aussi ce que nous refusons, sur 9 points : Sortir du libre échange généralisé, répondre à l'urgence écologique, redistribuer les richesses, affirmer le retour de la puissance publique, changer le cours de la construction européenne, aller à la reconquête de la démocratie, promouvoir une société de progression des droits et libertés, aller vers une société d'émancipation plutôt qu'une société d'ordre, définir une politique étrangère progressiste.
Rassembler
Le congrès de Reims sera utile s’il permet de clarifier les orientations stratégiques de notre Parti. Les ambiguïtés sont en effet loin d’être levées. Nous revendiquons une stratégie claire de refus d’alliance avec le centre. Nous proposons d’engager une démarche politique et programmatique pour l’émergence d'un "Parti de Gauche".
Signer et voter pour la motion Un monde d’avance c’est :
Affirmer une orientation à gauche pour notre parti. La Gauche est victorieuse lorsqu'elle est la Gauche, comme en 1981 ou en 1997. Elle est défaite lorsque les électeurs ne savent plus qui elle est, comme en 2002 ou 2007. Pour gagner en 2012, le PS doit donc s'affirmer à gauche.
Vouloir un changement réel par rapport à la direction sortante du PS dont sont issues les 3 autres principales motions.
Faire le choix du renouveau et de la rénovation : le PS a besoin d’un nouveau souffle, d’un sursaut, que porte la candidature de Benoît Hamon plus que toute autre.
C’est ainsi offrir aux Français les raisons d'espérer qu'ils attendent de nous. C'est donner à la Gauche les meilleures chances de gagner en 2012.
Le 6 novembre, saisissons la chance qui nous est donnée d’affirmer notre volonté de voir notre parti changer. Ensemble, prenons un monde d’avance, reconstruisons l’espoir.
La crise financière internationale que nous vivons marque la fin d’une époque. Ce qui arrive est plein d’inconnues et de dangers mais pour la gauche plein d’espoir. Cela fait trente ans que l’on nous assurait qu’il n’y avait pas d’autres voies que la marchandisation de tous les rapports humains, trente ans que ceux qui contestaient que la loi de la jungle soit la plus efficace pour construire un monde vivable étaient qualifiés d’ "archaïques" ou d’utopistes.
Toute cette rhétorique libérale s’effondre devant les soutiens à outrance que les autorités publiques se sentent obligées de prodiguer à un système financier à la dérive ; devant la crise énergétique qui ne fait que commencer ; devant une crise alimentaire qui rend obsolète le système agricole mondial ; devant les graves problèmes écologiques qui menacent notre existence même.
Le libéralisme économique n’a pas d’avenir, c’est donc que la Gauche en a un. Qui peut répondre aux nouveaux besoins de régulation et de justice ? Qui est légitime pour reconstruire un système économique respectueux du progrès social et des contraintes écologiques ? La Gauche seule.
Cela nous donne des responsabilités, d’abord en France où l’urgence est de rassembler une Gauche forte face à Sarkozy. C’est à nous qu’il appartient d’inventer le monde du post-libéralisme.
C’est en cela que ce congrès du PS peut être passionnant, c’est en cela que le rassemblement opéré autour de la démarche de Benoît Hamon est annonciateur de renouveau.
Ce que nous proposons au PS c’est de se mettre en accord avec son temps, d’en finir avec les vieilleries social-molles et les prudences qui n’ont plus de sens, d’en finir avec notre timidité maladive face à une Droite qui fait tous les jours la démonstration de son inefficacité et de son injustice, d’en finir avec des divisions de la Gauche sans justifications !
Il faut donc changer le PS et pour cela soutenir la seule orientation cohérente, le seul candidat marquant une rupture générationnelle en accord avec ce qui se passe dans tous les autres pays.
Soutenons ensemble "un monde d’avance" pour ce congrès, soutenons la candidature de Benoît Hamon comme leader d’un nouveau Parti Socialiste !
Guillaume Balas, Mandataire fédéral de la motion C "Un monde d'avance".
A quelques jours du dépôt des motions, une question essentielle se pose à nous : le Congrès du parti socialiste se réalisera-t-il à huis clos ou répondra-t-il aux enjeux posés par la situation nationale, européenne et internationale ? Les Français, et singulièrement les plus modestes, sont durement touchés par la politique de Nicolas Sarkozy. Les services publics sont attaqués, la croissance est en berne, la protection sociale mise à mal. L'Union Européenne est dans une impasse se réduisant à l'application stricte du pacte de stabilité. La déréglementation financière internationale et le libre-échange sans précautions plongent l'économie mondiale dans une crise grave.
Nos concitoyens ont besoin d'une gauche offensive pour s'opposer et inventive pour proposer. En France, le PS n'a plus gagné d'élection présidentielle depuis 20 ans ni de législative depuis 11 ans. Les militants sont déboussolés, voire exaspérés, car les querelles internes et le choc des ambitions l'emportent sur la nécessaire confrontation d'idées. Ils se sentent aujoud'hui abandonnés.
Loin des synthèses molles et des mécanos improbables, il faut au PS une majorité nouvelle et cohérente, qui incarne une gauche décomplexée et fière de ses valeurs. Nous devons lever un nouvel espoir et réhabiliter la volonté en politique, mettre les questions sociales au coeur de nos batailles dés maintenant.
C'est dans cet esprit que les contributions Reconquêtes (Benoît Hamon-Henri Emmanuelli), Changer (Marie-Noëlle Lienemann) et D'abord redistribuer les richesses (Gérard Filoche), se rassemblent en vue de l'élaboration d'une motion pour le congrès de Reims et appellent à les rejoindre tous ceux qui partagent leur analyse et leur volonté d'affirmer un avenir pour le PS à gauche.
Nous identifions six priorités de fond : construire un nouveau pacte européen, redistribuer les richesses, réguler le libre échange, affirmer le rôle économique de la puissance publique, promouvoir une politique étrangère de gauche, agir pour une société de progression des droits et de l'égalité. Nous proposons de construire un grand parti de la gauche, à la fois social, écologiste, laïque et populaire.
Réussir ce Congrès, c'est en ressortir avec une ligne politique assumée sur le fond, une stratégie clarifiée sur les alliances, une équipe renouvelée. C'est à notre sens la meilleure et unique façon de préparer l'avenir.
Benoît Hamon, Vendredi 19 septembre 2008.
Après cette période estivale – que nous espérons avoir été plaisante pour toi et tes proches – et avant d’entrer dans la seconde phase du congrès de Reims, celle des motions qui débutera le 23 septembre prochain, nous te convions à une nouvelle présentation de la contribution générale Reconquêtes et à un débat sur les enjeux de ce congrès.
Avec
Benoît Hamon
Député européen
Premier signataire de la contribution générale Reconquêtes
Jeudi 11 septembre 2008
à
20h00
Local de section du 12ème arrondissement de Paris
150 avenue Daumesnil - 75012 Paris
Ligne 8 - Station Daumesnil
La France attend un message d’espoir. Aujourd’hui, la pensée dominante libérale présente les régressions sociales comme des réformes et les justifie par un discours sur le prétendu déclin français. Elle provoque la résignation et le désenchantement des citoyens. En effet, le modèle néo-libéral, fondé sur le dogme du libre-échange et imposé par la droite, se révèle incapable de résoudre les crises majeures (financière, alimentaire, énergétique, écologique) qui bouleversent le monde et marquent l’entrée dans le 2e âge de la globalisation. Il échoue autant à répondre à la demande sociale des sociétés occidentales qu’aux nécessités de développement au niveau mondial. Alors que la droite démantèle la puissance publique, les socialistes doivent au contraire proposer un État régulateur et innovateur comme réponse à l’urgence sociale, économique et écologique.
Pour cela, la gauche européenne doit se rénover et tenir compte de ses 13 défaites lors des 15 derniers scrutins nationaux. L’orientation social-libérale des années 1990, impulsée par Blair et Schröder, aboutit à une impasse : elle a détourné le vote ouvrier et populaire, réduit le poids total de la gauche, pour finalement l’éloigner durablement des responsabilités. Cet échec est significatif : l’avenir du PS ne peut pas être le passé de la social-démocratie européenne.
Téléchargez et lisez le RESUME de la contribution Reconquêtes
Signez la contribution générale Reconquêtes sur reconquêtes.eu
La France attend un message d’espoir. Elle aspire à d’autres perspectives que celles diffusées par une pensée dominante avide de fatalisme et de résignation.
Le discours sur un prétendu déclin de la société française, justifiant toutes les régressions sociales, est devenu la norme. Le clivage entre le conservatisme et le progrès est escamoté derrière des politiques, des mesures profondément réactionnaires que l’on appelle, par antiphrase, "réformes". Le libéralisme économique atteint de nouvelles limites tout en maintenant son hégémonie. Dans cette situation il appartient aux socialistes de rompre avec ces orientations, de préparer l’avenir en réconciliant le pays avec le progrès.Seule une gauche résolue et déterminée peut remettre la justice sociale au coeur de l’action politique, dépasser le modèle exclusif du libre-échange sans précaution et redonner du sens au clivage gauche/droite. Forger les idées et les outils de ces reconquêtes tel est bien l’enjeu du prochain Congrès du Parti socialiste...et ce que propose la contribution générale déposée par Henri Emmanuelli et Benoît Hamon.
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Chère, Cher camarade,
Les mois à venir vont être pour notre parti l’occasion de définir une offre politique qui combine la capacité à ramener la gauche au pouvoir en 2012 avec celle de répondre aux désordres du monde.
Pouvons nous lever cette espérance en restant fidèle à nos valeurs et crédibles dans nos promesses? Oui à condition d’anticiper l’avenir avec les clés de notre temps.
Nous vivons un renversement de cycle. Les crises alimentaires, énergétiques, climatiques et financières mondiales appellent partout davantage de régulation, d’intervention publique et de maîtrise des échanges.Simultanément la sociale démocratie européenne connaît une série de défaites inédite (13 échecs en 15 élections nationales depuis juin 2006).
Nous n'acceptons pas que le passé de la social-démocratie constitue l'avenir du parti socialiste français.
Nos concitoyens, les militants du parti, attendent un message d’espoir face aux atteintes portées par la droite au pacte républicain et au contrat social. Il nous appartient d’ouvrir une voie dans le désenchantement imposé par cette pensée dominante qui souhaite nous voir résignés à la fin du progrès et contraints au temps des sacrifices. C’est parce que nous savons le monde complexe et l’avenir incertain que nous n’avons pas le droit de réduire notre congrès au choc des ambitions personnelles dont on ne distingue pas les différences politiques majeures.
Antonio Gramsci définissait la "crise" comme le moment où « le vieux est mort et le neuf hésite à naître». Cependant le sens du "neuf" n'est pas déterminé. Si nous ne savons plus rassembler les classes populaires et moyennes, celles qui vivent en ville comme en milieu rural et réunir les générations autour d’un projet collectif l'avenir de la gauche est incertain. "Reconquêtes", veut participer à cela.
Notre démarche est ouverte. Elle ambitionne de dépasser les frontières de camps préexistants. Elle n’est précédée d’aucun préalable. Elle aspire à forger les outils des Reconquêtes sociales, politiques et intellectuelles qui permettront à la gauche de lever un nouvel espoir.
C’est ce qui nous amène aujourd’hui à te convier aux diverses présentations "Reconquêtes", afin de débattre avec toi de notre démarche et de son contenu. Tu peux également appuyer notre démarche en rejoignant la liste de signataires.
Enfin nous souhaitons pouvoir compter sur ta présence lors du rassemblement national de "Reconquêtes" à Paris le 28 juin prochain.
Amitiés socialistes,
Henri Emmanuelli et Benoît Hamon
Forum national de Reconquêtes
Présentation de la contribution générale
Henri Emmanuelli et Benoît Hamon
Samedi 28 juin 2008
10h00-17h00
Université Panthéon-Sorbonne
Amphithéâtre Richelieu
17 rue de la Sorbonne
75005 Paris
Le droit international est formel : un traité européen, qui est un traité international, ne peut être ratifié qu'à l'unanimité des Etats membres, sauf si tous les Etats membres ont décidé antérieurement, à l'unanimité, que ce traité pourrait être ratifié à la majorité, ce qui n'est pas le cas pour le traité de Lisbonne, pas plus que pour les traités européens antérieurs.
Toutes les lamentations ne changeront rien à cette réalité. Inutile donc de déplorer que 4 millions d'Irlandais - 800 000 électeurs - puissent "bloquer" 450 millions d'Européens. Tout le monde sait que s'il y avait eu des référendums partout, le non l'aurait emporté dans plusieurs pays. Le désaccord entre les élites et la population est désormais flagrant. Cet épisode est le énième soubresaut, après ceux de 2005, de la fuite en avant intégrationniste et européiste d'après Nice.
La poursuite de la ratification par les huit autres est bien sûr possible mais ne change pas cette réalité. Une renégociation à vingt-sept est inenvisageable, et aboutirait de toute façon aux mêmes résultats. La renégociation d'un traité de Lisbonne à vingt-six apparaîtrait comme une manipulation de la démocratie, alors que la démocratie représentative est déjà attaquée. Elle n'aura pas lieu. Les élites européennes ne peuvent pas prêcher l'état de droit dans le monde et s'en affranchir chez eux. Le "noyau dur" sera à nouveau évoqué ici et là mais ne se concrétisera pas.
Quels pays en feraient partie ? Pour faire quoi ? En passant outre aux oppositions des exclus de ce noyau dur ? En faisant ratifier comment cette création ? Cela ne se fera pas. Seule hypothèse : des améliorations limitées, point par point et sans emphase, des traités existants, par exemple, sur la présidence durable, à condition qu'elles soient ratifiables partout par la voie parlementaire. Seule solution, donc : que les Irlandais revotent un jour, si leurs dirigeants et les autres dirigeants européens estiment possible de prendre ce risque. Dans ce cas-là, et si les Irlandais votent oui, l'Union passera, avec retard, du traité de Nice à celui de Lisbonne. Sinon, elle continuera à fonctionner dans le cadre de Nice. Il est temps d'admettre que l'intégration politique globale (au sens fédéraliste) de l'Union à vingt-sept n'ira pas plus loin que Nice (ou Lisbonne, si les Irlandais revotent, et votent oui).
Et pourtant, l'Union a besoin d'agir et de lancer de nouvelles politiques. Comment ? Il faudra distinguer clairement intégration (les peuples se fondent et s'en remettent à l'Europe) et construction (les peuples mettent en commun leur volonté d'agir ensemble). L'intégration a été longtemps présentée comme la seule voie légitime, mais ce n'est plus une voie d'avenir : dès que les peuples en ont l'occasion, ils votent contre. En revanche, il n'y a pas d'opposition aux politiques communes et aux projets. Est-ce tragique ?
Depuis une dizaine d'années, on a exagéré le rôle et la portée des traités et des institutions, comme si tout en dépendait de façon magique. On a créé des attentes énormes qui se sont muées en inquiétude. Le paroxysme a été atteint avec le projet de Constitution. Il faut changer de méthode. La non-ratification, à ce stade, du traité de Lisbonne, est regrettable. Mais elle ne doit pas être une excuse pour ne plus rien faire, au contraire. Après tout, quel traité était en vigueur quand a été conçu le traité de Rome ? Aucun. Et est-ce grâce à des traités que Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand, Jacques Delors et Helmut Kohl ont fait ce qu'ils ont fait ? Non, par volonté politique, la présidence française devait de toute façon se dérouler - avec ses avancées annoncées - sous l'empire du traité de Nice.
Ce ne sont pas les insuffisances des traités qui empêchent l'adoption d'une politique commune de l'énergie, mais les désaccords de fond sur la Russie, le nucléaire, la séparation entre production et distribution. En matière internationale (que faire au Proche-Orient ? sur l'Iran ? la Chine ? etc.), de toute façon, les décisions restaient à l'unanimité. Sur l'écologie, la recherche, l'Europe de la défense aussi, cela dépend d'abord de la volonté des gouvernements. Je ne pense pas qu'il faille réagir au non irlandais par des bricolages institutionnels. Ni par une fuite en avant dans "l'Europe politique", "sociale" ou "des citoyens" mal définie. En tout cas, pas dans la situation actuelle. Cela réveillerait attentes impossibles à satisfaire, illusions bientôt perdues, désaccords de procédure et de fond et créerait plus de problèmes que cela n'en réglerait en mélangeant encore plus ce qui relève des Etats membres et ce qui relève du niveau européen. La confusion serait totale.
Ce qu'il faut, c'est l'affirmation d'une forte volonté commune des Vingt-Sept autour d'une priorité : défendre les intérêts des Européens dans la mondialisation en faisant de l'UE un pôle régulateur de la mondialisation sauvage. Ce qui peut se décliner : politique commune de l'énergie, de l'environnement et de la recherche, propositions de régulation financière et de réforme des institutions internationales (nouvelles positions dans l'Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire internationnal, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques, etc.), stratégie à long terme vis-à-vis des pays émergents, etc. Cela doit être expliqué et se voir. Le moment est opportun : il y a partout, même aux Etats-Unis, une acceptation nouvelle, voire un désir nouveau, de règles. Tout cela peut et doit être entrepris sans attendre un meilleur traité.
Source : Le Monde en date du vendredi 20 juin 2008. Hubert Védrine est ancien ministre des Affaires étrangères.