15 mai 2007

CONSEIL NATIONAL DU PARTI SOCIALISTE : BENOIT HAMON

PS_CN_BH_12Chers camarades, je ne vais pas être très long. Nous avons perdu cette élection présidentielle. Il sera temps de tirer toutes les leçons de cette défaite après les élections législatives. Et je crois que les uns et les autres, Ségolène Royal, François Hollande et tous ici avons raison de tous tourner vers l’avenir et d’essayer de faire en sorte que ces élections législatives ne soient pas perdues d’avance.

Elles ne doivent pas être perdues d’avance qu’il faut se souvenir de la manière dont des milliers d’hommes et de femmes, dimanche soir, après le résultat, n’arrivaient pas à se résoudre à cette défaite. Ils n’arrivaient pas à se résigner à l’idée que Nicolas Sarkozy soit élu. Il faut se souvenir de ces visages de ces hommes et de ces femmes parce que ces visages étaient tristes, que bon nombre d’entre eux étaient même accablés et qu’ils n’arrivaient pas à imaginer ce qu’allait être leur sort, ou alors ils imaginaient trop bien ce qu’allait être leur sort avec Nicolas Sarkozy comme président de la République.

Pourquoi étaient-ils si accablés ?

Parce que nous sortons de dix ans de chiraquisme, parce que nous sortons de cinq ans d’une politique de casse sociale qui ont mis à genou les plus vulnérables et les plus modestes. Parce que nous sortions d’une période dans laquelle trois crises majeures avaient rythmé les deux dernières années la vie politique : le CPE, merci aux jeunes d’avoir donné à la gauche cette victoire, Clearstream et les émeutes en banlieue. Ils étaient accablés parce que, dans cette élection, la hiérarchie des priorités des Français, c’était l’emploi, le pouvoir d’achat, les mécanismes de solidarité, les retraites et l’éducation. Ils étaient accablés parce que le candidat qui était en face d’eux leur faisait plus peur que d’habitude, parce qu’on craignait que, au-delà des politiques de droite traditionnelles, ce soient nos libertés fondamentales qui seraient remises en cause s’il était élu : le droit de grève, la communautarisation de la société française et la remise en cause de la République, tout cela était en jeu.

Voilà pourquoi ils étaient si tristes et voilà pourquoi aujourd’hui ils sont beaucoup et très inquiets pour la plupart d’entre eux.

Je dis cela parce que notre responsabilité, à l’occasion des élections législatives, est de répondre à cette inquiétude et de faire en sorte que ce qui a été leur tristesse et leur accablement ne se transforme pas en une résignation qui pourrait, pour certains, aller jusqu’à re mettre en cause les principes démocratiques.

Voilà notre responsabilité.

Notre responsabilité est aussi de nous interroger sur la nature du vote qui s’est porté sur Nicolas Sarkozy et de la nature du vote qui s’est porté sur notre candidate Ségolène Royal qu’en ce moment je veux remercier pour la campagne qu’elle a faite.

Il est intéressant de regarder, dans les premières enquêtes, qui ont été publiées, il y en aura d’autres, que huit Français sur dix qui ont voté pour Nicolas Sarkozy ont voté pour lui, pour l’installer dans le fauteuil de président de la République, quand, pour ce qui nous concerne, bon nombre de ceux qui se sont portés sur la candidature de Ségolène Royal l’ont fait davantage que pour combattre Nicolas Sarkozy. Nous sommes donc confrontés à une situation où nous héritons et nous devons faire le bilan de ce qui a été cinq ans de travail idéologique et culturel de la droite dans cette société. Cela a été évoqué par Claude Bartolone, je crois qu’il faudra que nous ayons le débat. Ne tirons pas comme leçon trop rapidement que la société s’est droitisée. Cependant, quel est celui qui n’a pas rencontré un ouvrier qui s’interrogeait sur notre programme et sur l’augmentation des salaires et qui lui disait : « Écoutez, moi je suis inquiet, je suis pour l’augmentation des salaires, mais est-ce que cette augmentation des salaires ne va pas se traduire pour mon patron par une hausse des cotisations sociales et donc un encourageant, ou à débaucher, ou à délocaliser ? »

Cette question nous a été posée, comme celle des mécanismes de solidarité et, je vous en prie, ne rentrons pas dans le discours sur l’assistanat parce que, derrière la remise de l’assistanat, il y a la remise en cause de nos systèmes sociaux. Effectivement, aujourd’hui, dans notre société, parmi les plus vulnérables, certains s’interrogent sur ces dispositifs, sur ces prestations sociales qui seraient un encouragement à ne rien faire, soi-disant. C’est ce que la droite dit. Mais faisons attention qu’en voulant réfléchir à la manière dont on incite les hommes et les femmes à travailler, on ne remet pas en cause ce qui, pour bon nombre d’hommes et de femmes, sont les seuls revenus dont ils disposent, c’est-à-dire les prestations sociales.

Donc, sur ces débats-là, nous voyons et nous avons pu mesurer l’ampleur de notre défaite culturelle et, à ce titre, nous devons situer notre combat à l’échelle qui a été celle de Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa victoire.

Ce qui doit être aujourd’hui notre objectif, c’est bien de préparer la reconquête du pouvoir en y associant la gauche sociale et la gauche intellectuelle pour faire en sorte qu’en 2012, pour l’emporter, nous ayons préparé le terrain de manière idéologique et culturelle en faisant en sorte que celles et ceux qui sont les plus vulnérables dans la société considèrent que ce sont bien les valeurs de gauche, nos principes de redistribution et de solidarité qui seront efficaces à répondre concrètement à leurs problèmes plutôt que les valeurs de droite, l’individualisme, le mérite et l’effort. Oui, nous ne sommes pas contre l’effort et le mérite, cela étant dit, aujourd’hui, ce qui est pour nous essentiel, c’est de dire que cette société n’a jamais été aussi inégalitaire et que la responsabilité de la gauche pour les cinq ans qui viennent, ce doit être de préparer les sociétés et les Français à faire en sorte que les valeurs de gauche redeviennent majoritaires.

Alors, mes chers camarades, je pense que cette perspective est indissociable de la question de l’instrument. Et effectivement, aujourd’hui, que constate-t-on ? Que le poste n’a jamais été aussi hégémonique dans une gauche qui n’a jamais été aussi rétrécie, du moins du point de vue électoral ; et que notre responsabilité se pose non seulement en termes de projet, mais elle se pose aussi en termes d’instrument. Et je crois qu’il faut fixer d’ores et déjà la perspective stratégique durable d’un grand parti de la gauche, un parti progressiste, qui s’attache, vis-à-vis des courants qui sont au centre gauche, radicaux, vis-à-vis des courants qui sont à notre gauche, antilibéraux, vis-à-vis des écologistes comme des communistes, à proposer une perspective et un agenda vers la constitution d’un grand parti dont le socle électoral ne soit plus à 20, 25 %, mais à 30 ou 35 % de l’électorat pour faire en sorte que, si la question des alliances se pose un jour pour gouverner, pour faire en sorte que, si cette question se pose, nous la posions avec un socle de soutien à 30 ou 35 % de l’électorat, pas le fusil sur la tempe entre deux tours d’une élection présidentielle ou législative, et pas en étant contraint, cette fois-ci, alors que nous devons reconstituer une cohérence du projet de la gauche, pas en étant contraints à des accords programmatiques avec une partie de la droite qui ajouterait à la confusion et au défaut de cohérence du projet de la gauche face à un projet de droite parfaitement cohérent.

Voilà la perspective dans laquelle je crois que le Parti socialiste doit s’inscrire et je remercie le premier secrétaire qu’il ait eu le souci d’intégrer à cette perspective la volonté que notre parti, mais aussi le parti de la gauche demain s’il existe, soit plus représentatif de la société française.

Après tout, la droite est représentative la plupart du temps d’une France très homogène, nous sommes représentatifs d’une mosaïque. Pourtant, quand nous parlons, nous ne voyons pas mosaïque et la droite a su mettre en avant cette mosaïque de visages, d’origines sociales et de parcours. Nous devons, sur ce terrain là aussi, être plus exemplaires, celles et ceux qui se sont portés parfois pour la première fois pour nous, qui ont fait comme premier geste démocratique de mettre un bulletin Ségolène Royal dans l’urne, ceux-là doivent se retrouver, non seulement dans nos combats, mais aussi dans les visages de celles et ceux qui portent ces combats. Dans l’avenir, je pense aussi que nous serons en capacité de proposer aux hommes et aux femmes qui veulent résister à la droite une perspective sérieuse et durable à condition qu’évidemment nous sachions tirer les leçons de cet échec, que nous fixions comme perspective la constitution d’un grand parti de la gauche et que nous disions le ce grand parti de la gauche sera véritablement représentatif du camp de celles et ceux qui nous soutiennent aujourd’hui.

Intervention de Benoît Hamon, Conseil national du 12 mai 2007

Posté par AMBROISE_NPS à 21:37 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur CONSEIL NATIONAL DU PARTI SOCIALISTE : BENOIT HAMON

    Rénover

    parcourant les blogs de tendance socialiste quels sont les mots qui reviennent en boucle: "analyse", "droite", "bilan", "échec"...

    il faut renforcer le projet socialiste voir le rénover (quand on voit un membre de la vieille garde rejoindre le gvt Sarkozy on peut douter des motivations profondes de ses anciens) avec des éléments concrets comme l'a fait Nicolas sarkozy le jour du face à face du 02 mai
    l'électorat français est volatile et se raccroche à du concret pragmatique

    Posté par captainwhat, 18 mai 2007 à 12:13 | | Répondre
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